Depuis quelques jours les algues vertes font leur grand retour sur les plages de la côte bretonne. Au cours d’un entretien accordé à Planet, Arnaud Clugerie, coordinateur régional de l’association Eeau et rivières de Bretagne, fait le point sur ce phénomène récurrent.

Planet : Comment s’annonce cette "saison des algues vertes" ?Arnaud Clugery : "Les conditions semblent réunies pour que l’on assiste à une grosse marée verte cette année. L’arrivée des algues vertes a certes été relativement tardive en raison du printemps très peu ensoleillé que nous avons eu, mais le beau temps de début juin a fait qu’elles ont commencé à s’échouer il a quelques jours sur deux baies : celle de Douarnenez et celle de Lannion. Après deux années plutôt sèches, nous avons eu un hiver très pluvieux. Les nitrates contenus dans les sols ont ainsi été lessivés et dilués dans les cours d’eau. Si le soleil se maintient dans le ciel, les algues vertes auront un environnement très propice à leur prolifération. Planet : Quels sont les moyens mis en œuvre par les communes concernées pour lutter contre ce phénomène ?Arnaud Clugery : Habituées à gérer cette situation depuis maintenant plusieurs années, les communes savent comment réagir. Depuis quatre ans, une mesure sanitaire du ministère de la Santé les contraint à ramasser les algues échouées. Le plan Algues Vertes  leur octroie par ailleurs une aide financière pour gérer le traitement, le stockage et le compostage de ces végétaux dans des plateformes spéciales après leur ramassage.

Planet : Quelles sont les conséquences de la prolifération de ces algues pour la Bretagne ?Arnaud Clugery : L’algue verte est en réalité une ulve, une variété très opportuniste qui se multiplie par bouturage. Lorsque les conditions à son développement sont réunies  - bassin confiné, accès à la lumière favorisé et nitrates stockés dans une eau qui n’est pas trop en mouvement -, cette algue peut donc proliférer en un rien de temps et envahir tout un milieu naturel. Ses conséquences sur l’environnement peuvent être dramatiques puisqu’elle concurrence les autres espèces et amenuise la biodiversité. Elle est par ailleurs redoutable pour les humains en termes de pêche – les chaluts se retrouvent envahis par les algues – et d’ostréiculture – les huitres sont recouvertes d’algues. Bien évidemment, le tourisme n’est pas épargné puisque la fréquentation des plages chute lorsque les algues s’invitent sur le sable.

Planet : Quels risques présentent ces algues pour l’homme ?Arnaud Clugery : Les algues vertes sont reconnues comme étant un problème sanitaire depuis maintenant quatre ans. Après s’être échouées, elles entrent en putréfaction et dégagent alors un gaz (H2s) qui sent les œufs pourris. Outre son odeur incommodante, ce gaz s’avère dangereux. Rien n’a été formellement prouvé, mais on le soupçonne fortement d’être responsable de la mort d’un employé de ramassage, de celle de deux chiens, d’un cheval et de plusieurs sangliers.

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Planet : Selon vous, la prévention actuellement en place est-elle suffisante ?Arnaud Clugery : D’une manière générale, oui. Je pense toutefois qu’en plus de continuer à informer, il faut réfléchir à comment mieux ramasser les algues sans nuire aux plages. Lorsque les tracteurs débarquent pour effectuer le ramassage, ils entraînent avec eux du sable et des petits cailloux et dégradent ainsi ce milieu naturel. On ne peut pas faire tout et n’importe quoi au nom des algues vertes. J’attends par ailleurs de voir le premier bilan d’étape qui sera fait du plan Algues Vertes mis en place dans huit baies. Près de 135 millions d’euros ont été engagés en 2010, et les premiers résultats devraient être annoncés en 2015. La balle est désormais dans le camp des agriculteurs. L’Etat a fait ce qu’il fallait, c’est maintenant à eux de montrer leur engagement en limitant les fuites d’azotes dans les champs".

 

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