Qui a dit que la retraite était attendue par tous avec plaisir ? 60 ans, exit le senior, adios le boomer et bonjour tristesse. Voici le témoignage d'Emma dont la mère est une jeune exilée de l'emploi qui a du mal à rebondir
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Au secours ! Elle part à la retraite !

Jusqu'à ses cinquante-neuf ans trois-quarts, toute la famille s'était vue quotidiennement bercée par les ragots du boulot. Pas vraiment passionnant mais, en enfants bien élevés, mon frère et moi subissions en silence, ponctuant parfois d'un "Nan, c'est pas vrai !", ses petites histoires du quotidien. Puis, un jour, la fontaine aux cancans s'est tarie. Soyons honnêtes, cela ne nous manquait pas tellement mais, bon, le passage radical de potins à plus rien nous inquiétait. Et trois mois avant la date fatidique, ce fut le début des problèmes. On entendait des "Je suis fatiguée" ou encore des "Si si, ça va, pourquoi ?", la voix mourante et le ton plaintif, l'air aussi heureux de vivre qu'un Droppy sous Valium. Maux de dos, de dents, de doigts, rien n'allait, maman somatisait. Au point de prendre une semaine de congé un mois avant la fin, histoire de se reposer un peu. C'est sûr, la retraite, ça fatigue...

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Et puis, il a fallu préparer la réception de départ. Ses collègues, qui sont des "super, hyper, méga" pros de l'organisation, assuraient que "tout allait bien se passer". Vent de panique. Dix jours avant, elle ignorait encore qui venait et, surtout, s'il y aurait à boire et à manger. Sans oublier, qu'elle-même, ne sachant pas trop ce qu'elle voulait, à part continuer à travailler, émettait des ondes pessimistico-tragiques, persuadée au fond que personne n'y serait. Heureusement, j'ai un père rationnel qui veille au grain. Avec un bon sens, somme toute plutôt normal, il lui a rappelé que, si elle voulait avoir du monde, il faudrait peut-être penser à lancer des invitations. "Tu crois ?", a-t-elle répondu, avec la moue agacée de celle qui voudrait qu'on arrête de lui raconter n'importe quoi. "Ce n'est pas gagné", avons-nous tout deux pensé.
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