A quelques jours des élections municipales, Jean-Pierre Laparra est sur le point d’achever son premier mandat de maire à Fleury-devant-Douaumont (Meuse). Sa particularité : il n’a jamais été élu mais désigné par la préfecture car son village ne compte aucun habitant. En France, six communes seraient dans le même cas. Interview.

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Planet : Concrètement, en quoi cela consiste-il d’être maire sans administrés ?Jean-Pierre Laparra : "J’ai été désigné par le préfet de la Meuse et sur proposition du Conseil général. Comme tous les autres édiles, j’ai dû présenter une équipe. Dans la mienne, nous sommes trois. Les deux personnes qui m’entourent jouent notamment un rôle de représentativité en me remplaçant quand je ne peux pas être présent sur le terrain. Elles sont également partie prenante lors du vote du budget. Le gros de mon travail consiste à veiller à l’entretien du patrimoine du village, lequel se compose d’une chapelle et d’un monument aux morts.

Planet : De quel budget disposez-vous pour mener à bien vos missions ?Jean-Pierre Laparra : Le budget de la commune est alloué par l’Etat en fonction du nombre de m2 et du foncier non-bâti dont elle dispose. Pour Fleury-devant-Douaumont, la somme tourne autour de 22 000 euros par an. Mais alors que notre village a un sol très accidenté par les obus, il faut multiplier par 2, voire 3, le cout des terrains à nettoyer. Chaque année, nous devons ainsi débourser entre 12 000 et 13 000 euros. Le reste du budget allant ensuite aux quelques travaux que nous faisons, à l’organisation de la cérémonie d’hommages annuelle, au coût de la secrétaire de mairie que je partage avec une commune voisine et à ce que je me verse chaque mois (environ 200 euros). Notre budget nous permet de faire tout ce qu’il y à faire mais il est quand même juste. Heureusement que la communauté de communes est là !

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Planet : Vous êtes sur le point d’achever votre premier mandat à la tête d’une commune sans habitant. Quel bilan en tirez-vous ?Jean-Pierre Laparra : C’est une superbe expérience. J’aime beaucoup l’idée de gérer le patrimoine et toute l’histoire qui se rattache à ce village. Je ne veux pas qu’il meure une deuxième fois. C’est un métier atypique car seules six communes sont dans cette situation et il est important de conserver cette particularité française.

Planet : D’où vient cette particularité ?Jean-Pierre Laparra : Cela date d’après la Première Guerre Mondiale. En 1919, il y avait plus de 5 000 communes dans le même cas que Fleury-devant-Douaumont. A cause des combats, toutes avaient perdu leurs habitants et se retrouvaient détruites, avec un sol très accidenté. Tous ces terrains avaient alors été regroupés au sein de ce que l’on appelait une ‘zone rouge’. Celle-ci s’étendait de Lille jusqu’aux frontières suisses et allemandes. Le gouvernement a ensuite entrepris de dépolluer petit à petit toute cette zone et certaines communes sont ainsi redevenues habitables au fil des ans. Ce n’est malheureusement pas le cas de Fleury-devant-Douaumont car son terrain est trop accidenté. On estime qu’il faudra encore des siècles (plus de 400 ans !) avant que tous les corps, tous les obus et toute la ferraille aient disparus du sol ! Dès que nous entamons des travaux, nous faisons systématiquement des trouvailles de ce genre. En juin dernier, nous avons ainsi trouvé les restes de 26 corps !

Planet : Vous êtes candidat pour les prochaines élections municipales. En plus d’une liste, avez-vous présenté un programme ?Jean-Pierre Laparra : Non, ce n’est pas nécessaire. A Fleury-devant-Douaumont ce qui compte ce ne sont pas mes idées politiques mais mes propositions pour le village. Ce qui est véritablement important ce sont mes idées pour poursuivre le travail de mémoire qui y est fait, la manière dont je compte participer à la communauté de commune et les travaux que j’envisage de faire".

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