Le candidat socialiste à la présidentielle s’adresse directement aux Français dans Libération (du 3/01). Sur une double page, titrée « le changement c’est maintenant », François Hollande déroule sa feuille de route et décrit les valeurs du quinquennat qu’il espère mener en 2012. Cinq années pour lesquelles il se dit "prêt". Décryptage.

 

 

"Les Français souffrent"

 

"Je suis candidat à l’élection présidentielle pour redonner à la France l’espoir qu’elle a perdu". Ainsi commence ce long texte de François Hollande adressé aux Français. Des français qui pour lui " souffrent dans leurs vies ". En cause : le chômage, la hausse des prix face à la baisse du pouvoir d’achat, l’insécurité, la perte des emplois, l’affaiblissement des écoles ou des hôpitaux, le manque d’avenir pour les jeunes… 

 

En dehors de ces facteurs socio-économiques, peu réjouissants, François Hollande affirme également que "les Français souffrent aussi dans leur âme collective" : "République méprisée, pacte social attaqué, France abaissée, affaiblie, abimée, 'dégradée' ", tels sont ces mots pour décrire ce que ressent les citoyens. 

 

 

"Depuis 2008, il y a la crise" mais pas que…

 

Pour François Hollande, la crise, qu'il évoque d'emblée, est "le produit de la mondialisation débridée, de l'arrogance, et de la cupidité des élites financières, du libéralisme effréné, sans oublier l'incapacité des dirigeants européens à dominer la spéculation". 

 

Mais aussi, et c'est là qu'il devient (enfin ?) plus incisif, la dépression que connaît le pays, serait à imputer à "la responsabilité personnelle de celui qui est au sommet de l'Etat depuis cinq ans." L'offensive contre Nicolas Sarkozy est belle et bien lancée. Accusé d'avoir mené depuis cinq ans des "fautes économiques et morales".

 

 

Sarkozy en ligne de mire

 

"Un mandat se juge sur ses résultats, une politique sur sa cohérence, un caractère sur sa constance". Un troisième paragraphe directement adressé à Nicolas Sarkozy. Et dans lequel François Hollande parle d' "échecs" et d' "abandon des promesses". Pour décrire un président sortant "incapable de trouver une issue à la crise de la zone euro après seize 'sommets de la dernière chance' "… Un président "impuissant face à la montée du chômage et indifférent aux creusements des inégalités …" 

 

 

Capitaine de navire échoué

 

Après avoir dépeint Sarkozy, Hollande fait usage de quelques bonnes formules à son encontre : "J'entends déjà les lieutenants paniqués de Nicolas Sarkozy prétendre que dans la tempête il ne serait pas sage de changer de capitaine. Ce qui prête à sourire quand le navire s'est échoué." Puis, devançant encore selon lui les propos de son adversaire  ("bientôt, il ne lui restera plus qu'à proclamer qu'il a changé…"),  le candidat PS conclut par cette question :  "plutôt que de reconduire un président qui aurait tellement changé, pourquoi ne pas changer de président, tout simplement ?" 

 

 

 

"Permettre le changement"

"Un vrai changement" promet François Hollande. Qui souhaite "tourner la page du président des privilégiés". Pour cela, il compte appliquer "une politique qui mobilisera les Français autour de l'avenir : l'éducation, la recherche, la culture, la transition énergétique et l'écologie".

 

 

Redresser la nation

 

L'enjeu est de taille pour les Français : "plus que la seule élection d'un président, plus que la désignation d'une majorité, plus que l'orientation d'une politique : c'est l'indispensable redressement d'une nation" clame le candidat. 

 

Pour cela, François Hollande désigne quatre grands principes : la vérité, la volonté, la justice et l'espérance.

 

 

Vérité, volonté, justice et espérance

 

Pour "redresser la nation", François Hollande désigne quatre grands principes : la vérité, la volonté, la justice et l'espérance.

 

1.La vérité

"Je ne serai pas le président qui viendra devant vous six mois après son élection pour vous annoncer qu'il doit changer de cap, qui reniera ses promesses faisant mine de découvrir que les caisses sont vides". 

 

La phrase renvoie à Nicolas Sarkozy qui avait annoncé le 8 janvier 2008 en conférence de presse : "S'agissant du pouvoir d'achat, qu'est-ce que vous attendez de moi ? Que je vide des caisses qui sont déjà vides…"

 

http://www.ina.fr/presidentielles/phrases-cultes/video/I09317381/nicolas-sarkozy-que-je-vide-des-caisses-qui-sont-deja-vides.fr.html

2.La volonté

François Hollande estime qu'il en faudra nécessairement pour "rétablir les comptes publics, relancer la croissance, soutenir les emplois …" Mais aussi  réduire les inégalités et mieux répartir les richesses, ou encore maîtriser la finance.

 

3.La justice

Un impôt équitablement réparti, une société sans privilège, des soins accessibles à tous, de meilleurs salaires, "un vrai repos après des années de labeur", pouvoir "vivre en paix et en sécurité partout"… C'est ainsi que François hollande définit la justice, sur laquelle il compte s'appuyer pour présider.

 

4.L'espérance

"Je veux retrouver le rêve français" déclare Hollande. Ce rêve français "qui donne à la Nation sa fierté d'avancer, de se dépasser ses intérêts et ses catégories d'âge et de classes pour se donner un destin commun, qui nous élève et nous rassemble." 

 

Voilà qui en effet laisse songeur… Mais Hollande ne laisse pas les sceptiques de côté : "je veux aussi combattre ce scepticisme qui mine la démocratie" lance-t-il.

 

 

"La gauche et la droite ce n'est pas la même chose"

 

"Je sais que beaucoup d'entre vous se demandent si notre pays a encore le choix…" a ceux-là, François Hollande répond tout de go : "oui, nous pouvons, même dans une économie mondialisée maîtriser notre destin (…). La France est un grand peuple, capable du meilleur s'il retrouve la confiance en lui, la confiance en l'Etat et en celui qui l'incarne."

 

Pour combattre le scepticisme, Hollande tient aussi à rappeler que la gauche et le droite, ce n'est pas la même chose. (..) Le prétendre est un leurre : pire, un mensonge" Soutient-il dans son adresse aux Français.

 

 

"Je n'ignore rien des tentations pour l'extrême droite"

En dernière colonne, François Hollande évoque le Front national, et plus précisément son électorat, auquel il s'adresse : " je n'ignore rien des tentations d'électeurs souvent issus des classes populaires pour l'extrême droite. Ma campagne sera aussi tournée vers eux. J'entends leur colère et leur désarroi (…) 

 

 

Barrières barbelées

Plus que l'irréalisme des positions économiques du Front national ou l'illusion d'un repli derrière des barrières devenues des barbelés, c'est la vindicte ethniciste qui menacerait la République. C'est une des enjeux de ce scrutin."

 

 

Réactions du FN

 

Sur son site officiel, le Front national répond à la lettre de François Hollande aux Français :

 

" L’équipe de campagne de Marine Le Pen se félicite de l’initiative de Libération de publier en une les déclarations des candidats à l’élection présidentielle.

 

Elle transmet donc pour publication le discours de lancement de campagne ci-joint, prononcé le 19 novembre 2011 par Marine Le Pen (http://www.frontnational.com/videos/presentation-du-projet-presidentiel-de-marine-le-pen).

 

Elle ne doute pas que cette publication se fera dans les mêmes conditions que la lettre de François Hollande, en une et sur les premières pages de Libération."

 

 

Joint par téléphone, Florian Phillipot, directeur de campagne de Marine Le Pen, nous en dit davantage : "on apprend rien de nouveau, il n'y a aucun message politique, François Hollande ne fait aucune proposition… En revanche nous sommes surtout surpris par l'initiative de Libération qui publie ce texte sans fournir aucun travail journalistique… comme ça au moins les choses sont encore plus claire (vis-à-vis de ce journal ndlr) …"

 

 

"Il me revient d'incarner l'alternance et le changement"

 

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François Hollande conclut son texte en en venant à lui-même. Admettant que "rien n'est acquis", le candidat, qui compte incarner "l'alternance et le changement", s'exprime ainsi : "Beaucoup va dépendre de la gauche, de son esprit de responsabilité, de son courage, de sa cohérence, de son audace. Mais aussi de la force de la force de ma propre candidature."

 

Son adversaire : "la droite accrochée à son pouvoir et liée aux puissances de l'argent"

Son ambition : "renouer avec l'esprit de justice et de l'idée de progrès"

 

A chacun d'en juger. Mais une chose est sûre : la bataille pour la présidentielle est bel et bien lancée.

 

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