Le JDD a testé le scénario de l'absence de Marine Le Pen à l'élection présidentielle. Un sondage qui change la donne pour les principaux candidats. Mais qui est aussi contredit par d'autres instituts. Etat des lieux.

"Ce scénario modifierait radicalement le rapport de force électoral. Pour la première fois depuis le début de la campagne, Nicolas Sarkozy parviendrait en tête à égalité avec François Hollande" explique Frédéric Dabi, directeur des études à l'Ifop, dans les colonnes du JDD qui publiait ce sondage dimanche dernier.

Le Journal du dimanche a testé le scénario de l'absence de Marine Le Pen, actuellement postée en 3ème position dans les sondages avec environ 20% d'intentions de vote, mais qui aurait cependant du mal à rassembler les 500 parrainages exigés pour se présenter (elle en a aujourd'hui 350).  

En son absence, François Hollande garderait la tête avec 33% des voix (+3,5%) mais à égalité avec Nicolas Sarkozy (+8,5%). François Bayrou obtiendrait 17% (+4,5) devant Jean-Luc Mélenchon avec 9% (+1).  

Selon le même sondage, les électeurs frontistes se reporteraient d'abord sur Sarkozy (40%) puis sur Bayrou (22%), sur Hollande (18%) et enfin sur Mélenchon (9%).  

Ce scénario d'une élection sans Le Pen profiterait donc d'abord à Sarkozy et placerait (comme en 2007) le patron du MoDem en position d'arbitre.

 

 

Politique-fiction

Nombreux  politiques ont réagi au sondage : "Certains parlent de bluff, moi, je parle de stratégie de victimisation", résume Pierre Moscovici, le directeur de campagne de François Hollande, à propos de l'absence possible du FN. Jean-Marie Le Pen estimant lui qu'une élection présidentielle sans sa fille sonnerait "la fin de M. Sarkozy" : "Il serait battu. Les électeurs du FN, ulcérés, ne le lui pardonneraient pas et ils ne seront pas les seuls."

Autre son de cloche, en provenance d'un nouveau sondage analogue paru dans la foulée. Pour l'institut d'études BVA, qui a publié ses résultats mardi (7/02) dans Le Parisien/Aujourd'hui en France les choses diffèrent clairement : "Si un sondage publié ce dimanche, incitait à penser que l’absence de Marine Le Pen 'changerait tout', notre sondage (prochainement confirmé par d’autres instituts) montre qu’il n’en est rien." 

Pour Le Parisien, qui se base sur ce sondage, l'absence "peu probable"  de la candidate FN au premier tour n'aurait aucun impact sur les résultats : " non seulement son absence ne changerait rien à l’ordre d’arrivée au premier tour, mais l’écart serait exactement le même."

Dans l'hypothèse d'une élection  avec Marine Le Pen, François Hollande serait à 34% et Nicolas Sarkozy à 26% au premier tour. Sans Marine Le Pen, Hollande serait à 37% et Sarkozy à 29%. Soit 3 points en plus pour chacun avec un même écart de 8 points dans les deux cas.

 

Pourquoi des résultats si diffèrents du précédent sondage Ifop/JDD ?

Le Parisien explique :

1. Même avec Marine Le Pen  " le duel Hollande-Sarkozy se précise, les deux favoris gagnent respectivement 6 points et 2 points dans les sondages, creusant ainsi nettement l’écart avec les deux suivants, Marine Le Pen et François Bayrou.  Le président sortant semble ainsi écarter le risque d’une mauvaise surprise Le Pen : il la distance désormais de 10 points. "

2. Sans Marine Le Pen : " contrairement au sondage analogue Ifop-JDD qui donnait alors Hollande et Sarkozy à égalité (à 33 %), nous avons retiré de la liste uniquement Marine Le Pen et gardé les autres candidats* menacés de ne pas recueillir assez de parrainages : l’objectif étant bien de mesurer l’impact d’une absence de la candidate FN. "

* Le JDD précise en effet que son scénario ne retient que les "candidats certains (ou presque) d'obtenir des parrainages obligatoires (…) N'y figurent pas, en revanche, les candidats qui avouent eux-mêmes être loin du compte " : Le Pen, De Villepin, Boutin, Morin, etc.

 

Confirmation par Ipsos

Les résultats du sondage BVA/Le Parisien, sortis mardi, sont confirmés le même jour par la dernière vague du baromètre d'intentions de vote Présidentielle 2012 Ipsos.

Ce dernier place François Hollande toujours en tête des intentions de vote au 1er tour. Parallèlement, Nicolas Sarkozy progresse de deux points et creuse l’écart, en devançant Marine Le Pen de 9 points et François Bayrou de 12,5 points.

Selon Ipsos, "la forte exposition médiatique du candidat PS (meeting du Bourget, émission Des paroles et des actes) et du président de la République (intervention télévisée) a donc trouvé une traduction concrète dans les intentions de vote." 

L'institut de sondage reprend aussi l'hypothèse d'une éventuelle absence de Marine Le Pen au 1er tour de l’élection présidentielle, qui "ne remet pas fondamentalement en cause les rapports de force entre candidats. Ainsi, l'avance du candidat socialiste est presque aussi grande lorsqu'on teste une offre électorale sans la présidente du Front national : il serait alors crédité de 33,5% d'intentions de vote, contre 28,5% à Nicolas Sarkozy."

 

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Notons enfin, pour conclure, que l'absence de Marine Le Pen n'est pas souhaitée. Selon le même sondage, 61% des interviewés pensent, à l'instar de la plupart des politiques, que cela "ne serait pas une bonne chose pour la démocratie ". Et le chiffre était même porté à 70% la semaine dernière sur la même question.

En revanche, la règle des 500 signatures n'est pas remise en cause : 56% des Français estiment que "c'est une bonne règle, car elle permet d'éviter les candidatures qui ne sont pas sérieuses".

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