Usurpation d'identité, abus de confiance, chantiers illégaux... Pendant plus de 15 ans, Philippe Berre a enchaîné les escroqueries. Retour sur un itinéraire hors norme !

Philippe Berre : l

1. Reprendre un chantier d'autoroute : son projet le plus fou

Lorsque Philippe Berre se présente en 1997 à Saint-Marceau, dans la Sarthe, il n'en est pas à sa première escroquerie. Pourtant, il s'apprête à se lancer dans le chantier le plus fou qu'il ait jamais imaginé : construire une autoroute !

Tout commence quelques mois plus tôt, lorsqu'il est engagé dans une entreprise de travaux publics, l'entreprise Cochery à Charolles, en Saône-et-Loire. Il y travaille plusieurs mois avant de partir et d'emporter un carnet de bons de paiement de la compagnie.

Avec ces bons, Philippe Berre, 43 ans, arrive dans la Sarthe en février 1997. Sous le nom de Roger Martin, le nom du directeur de Cochery, il se fait passer pour le patron de la société et s'engage à reprendre le chantier de l'autoroute A28, abandonné deux ans plus tôt. L'homme impressionne. Dès lors, tout Saint-Marceau, habitants, entrepreneurs et élus, voient en lui l'homme providentiel qui relancera l'économie de leur région, durement touchée par le chômage. La confiance est telle que, sans garantie, l'imposteur réussit à obtenir un prêt de 60 000 francs (9 000 euros) auprès d'une banque.

Début 1997, pendant deux mois, sans relâche et avec maîtrise, Philippe Berre organise la préparation des travaux, embauche une trentaine de personnes, commande des engins et des tonnes de matériaux autoroutiers pour cet ouvrage monumental. Mais les problèmes financiers surviennent. Après un mois de travail, Philippe Berre doit annoncer à ses employés qu'il ne peut pas les payer et tente de les rassurer.

Le 7 mars 1997, les travaux de l'autoroute commencent. Les machines tournent à plein régime et Philippe Berre se crée rapidement la réputation d'un patron compétent. Mais l'homme ne se laisse pas griser. Il sait que tôt ou tard, la supercherie sera découverte... Les entreprises commencent à réclamer de l'argent et envoient leurs factures à la société Cochery. Le vrai Roger Martin porte alors plainte. Pour les gendarmes, retrouver l'entrepreneur responsable est un jeu d'enfant... Lorsqu'il est arrêté le 17 mars, 10 jours après le début des travaux, Philippe Berre n'oppose aucune résistance et reconnaît les faits sans problème.

Ironiquement, les premiers utilisateurs de l'autoroute seront les gendarmes et le juge d'instruction venus arrêter l'escroc. Lorsque le juge demandera à Philippe Berre les raisons de ce projet fou, l'imposteur répondra : "Pour la première fois de ma vie, j'étais quelqu'un"...

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Après son arrestation, le tronçon d'autoroute construit par l'escroc a été expertisé : il était parfaitement fonctionnel. Construits plus rapidement et pour un coût inférieur à une autoroute classique, les deux kilomètres de cette A28 ont cependant été détruits par l'Etat, puis reconstruits. En effet, selon la loi, l'Etat ne pouvait se faire receleur du produit d'une escroquerie, malgré la qualité reconnue de l'ouvrage.

En tout, le préjudice de cette imposture a été estimé à un million de francs, environ 150 000 euros.