Du récent pape homosexuel de Benetton collé contre un mur en passant par d'autres affiches pas très catholiques, les religions sont parfois brocardées hors de leurs chapelles par des marques ou des artistes. La preuve en images.

Unhate, de Benetton

© Benetton

 

Lancée le 15 novembre, la nouvelle campagne de Benetton, renoue avec la grande tradition de photos provocatrices de la marque. Parmi les personnalités (politiques ou religieuses) en train de s’embrasser figure le pape Benoît XVI en compagnie de l’imam du Caire, la plus haute autorité sunnite égyptienne, Ahmed Al-Tayeb.

Le photomontage, directement dénoncé par le Vatican comme "une utilisation inacceptable de l'image du Saint-Père, manipulée et instrumentalisée dans le cadre d'une campagne publicitaire à des fins commerciales" sera retirée dans la foulée par Benetton. Trop tard. L’Eglise décide de porter plainte contre la marque pour empêcher la diffusion de l’image

 

Charia HebdoDans la nuit du 1er au 2 novembre dernier les locaux du journal Charlie Hebdo sont incendiés. Le journal satirique avait déjà reçu des menaces, liées à sa Une devant sortir le lendemain, rebaptisée Charia Hebdo.  Malgré l’incident, qui vaudra aux journalistes de Charlie de se faire héberger chez leur confrères de Libération, le journal sortira bien comme prévu. Avec comme annoncé à la Une, le prophète Mahomet…

L’amour plus fort que la haineMercredi 9novembre, soit une semaine après la parution de Charia Hebdo, Charlie remet le couvert. Cette fois c’est un message de paix qui barre la Une de l’hebdo satirique (en réponse à l’incendie des locaux) : un dessinateur du journal embrasse goulument un imam. Miam…

Sur le concept du visage de Dieu

Le 20 octobre, une vingtaine de fondamentalistes chrétiens (issus d'Institut Civitas ) interrompent  la représentation qui se tient au Théâtre de la Ville à Paris. Le groupuscule  jete des boules puantes dans la salle en criant « christianophobie, ça suffit ! » avant de se faire arrêter par la police puis placés en garde à vue. La pièce, intitulée Sur le concept du visage du fils de Dieu, met en scène un père et son fils affrontant ensemble la déchéance de l'âge, sous un portrait géant du Christ peint par Antonello de Messine.

Piss Christ, d’Andres Serrano

Le 17 avril dernier une poignée de militants religieux s'introduit dans le musée d'art contemporain d'Avignon et détruisent une photo : Piss Christ, d’Andres Serrano.

L'œuvre en question, qui représente un crucifix plongé dans un verre d'urine, n'est pourtant pas nouvelle : elle date de 1987. Critiquée à chacune de ses apparitions par les évangélistes protestants américains, elle avait été exposée il y a deux ans au Centre Pompidou sans faire de bruit. L'artiste, Serrano, se décrit comme croyant et "fasciné" par la foi catholique.

En avril 2011, des centaines de militants d'Institut Civitas manifestent leur colère devant le musée d'art contemporain privé d'Avignon pour protester contre une photo : Piss Christ, d’Andres Serrano.

"Conçue de manière immaculée"

En 2010, une nonne enceinte déguste une glace à l'intérieur d'une église. Sous cette pub pour une glace italienne, on peut lire le slogan "Conçue de manière immaculée".

L’affiche est destinée au marché britannique, pays dont la majorité des habitants sont anglicans (protestants). Quoiqu’il en soit, les plaintes ne tardent pas à affluer auprès de l'Autorité de régulation de la publicité britannique. Celle-ci décide d'interdire les photos, jusque-là parues dans la presse essentiellement féminine, au motif qu'elles portent atteinte aux valeurs des catholiques.

 La Cène, version Marithé et François Girbaud

En 2005, les créateurs Marithé et François Girbaud détourne, pour faire leur pub, le célèbre tableau La Cène de Léonard de Vinci.

Le pastiche, où les onze apôtres et le Christ sont remplacés par de belles jeunes filles, ne séduit pas l’Eglise.

L'association catholique Croyances et libertés, qui représente l'épiscopat français, porte plainte. Les créateurs perdent en première instance puis en appel, pour injure faite aux chrétiens. Le juge ordonne le retrait immédiat de l'affiche. L'affaire est portée devant la Cour de cassation. Le 14 novembre 2006, l'arrêt de la cour d'appel est cassé et l'association Croyances et libertés déboutée.

Les caricatures de Mahomet

Le 30 septembre 2005, un quotidien danois publie des caricatures de Mahomet. Sur l'une d'entre elles, la tête du prophète est surmontée d'un turban en forme de bombe.

Une colère sans précédent embrase le monde musulman : des ambassades sont prises d'assaut, des produits danois boycottés, de nombreuses manifestations et incidents se produisent dans plusieurs pays …

Les islamistes mettent à prix la tête des caricaturistes, qui échappent à plusieurs tentatives d’attentats…

Par solidarité, 150 journaux dans une soixantaine de pays reproduisent les caricatures, dont France-soir puis Charlie Hebdo pur la France. Ce dernier sera poursuivi au tribunal par l'Union des organisations islamiques de France, la grande mosquée de Paris et la Ligue islamique mondiale (LIM). Sans succès, puisque le directeur de la publication de l’époque, Philippe Val, sera relaxé.

Amen, de Costa-Gavras

Sorti en février 20002, le film Amen se fait d’abord remarqué par ses affiches, où la croix chrétienne et l’insigne nazi se confondent. L’agrif (Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne) assigne en justice réalisateur, producteur et distributeur du film pour en faire interdire l’affiche. Mais en vain… Pour le cinéaste Costa-Gavras "L'affiche correspond au problème posé par le film, qui est traité aussi par de nombreux historiens : celui de la responsabilité du Vatican, du fait de sa passivité lors du génocide des Juifs et des Tziganes par les nazis."

Embrasser une none, par Benetton

En 1992, le photographe Oliviero Toscani met en scène un prêtre et une nonne en train de s’embrasser. La campagne, baptisée "Kissing Nun", est censurée en France et en Italie. Mais reçoit au Royaume-Uni le prix Eurobest, qui récompense les meilleures pubs européennes.

La dernière tentation du Christ (Martin Scorsese) – 1988Sorti en 1988, ce film de Martin Scorsese, retraçant la vie d'un Christ écartelé entre humanité et divinité, subit de violentes attaques des catholiques intégristes de droite. Ceux-là iront jusqu’à incendier un cinéma parisien, dans la nuit du 22 au 23 octobre, en faisant plusieurs blessés, dont un grave.Cinq militants de l'Agrif (Alliance pour le respect de l'identité française et chrétienne) sont arrêtés et condamnés à de la prison avec sursis et à 450 000 francs de dommages et intérêts. Après trois semaines de diffusion dans dix-sept salles parisiennes, seules deux salles poursuivirent la distribution. Les autres abandonnent la partie face aux actes de dégradation dont elles font l'objet. Des actes similaires sont commis dans d'autres villes françaises. Le Front national réclame pour sa part la destruction pure et simple des bobines.

Je vous salue Marie, de Jean-Luc Godard Lorsque le film de Jean-Luc Godard sort en salles, en 1985, on retrouve encore l'Agrif au premier rang des manifestations. L’affiche, qui montre Marie enceinte avec la main d’un homme allant se poser sur son ventre, déplait fortement à l’association catholique.Celle-ci saisit la justice mais sera déboutée. Les intégristes maintiennent cependant la pression en manifestant devant les cinémas qui projettent le film… en provoquant parfois quelques affrontements ou montées de violence.

Dossier en parti réalisé avec l’apport de l’article de Soren Seelow sur Le Monde.fr 

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