Lundi 23 janvier, le Sénat français a adopté le texte de loi pénalisant la négation des génocides. La Turquie, qui n’a toujours pas reconnu le génocide arménien de 1915, réagit violemment à cette loi en menaçant la France de "mesures"  en guise de représailles. Faut-il avoir peur de ces menaces ? Que risque vraiment la France ? Planet.fr a interrogé des experts. 

Depuis lundi 23 janvier, la négation des génocides est punie par la loi d’un an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Cette loi, votée par le Sénat, n’est pas du goût de la Turquie qui n’a jamais reconnu le génocide arménien perpétré en 1915. Ce génocide a néanmoins été reconnu officiellement par de nombreux Etats, dont la France, en 2001. 

 Suite à l’adoption de cette loi, la Turquie a réagi violemment en proférant des menaces à l’encontre de la France. Selon son Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, qui a qualifié cette loi de "raciste", la France sera victime de représailles : "nous allons annoncer notre plan d'action en fonction des développements sur ce dossier", a-t-il précisé. Mais concrètement, que risque-t-on ? 
 
Pour répondre à cette question, la rédaction de Planet.fr a fait appel au porte-parole du ministère des Affaires Etrangères, Bernard Valero et à Alican Tayla, chercheur à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques et spécialiste de la Turquie. 
 
"Nous entrons dans une période de turbulences dans la vie internationale"
 
"Nous ne pouvons pas faire de ‘politique fiction’ puisqu’il n’y a aucune annonce" prévient Bernard Valero. Malgré ses menaces, la Turquie n’a pour le moment communiqué aucune mesure concrète contre la France. En attendant, le ministère des Affaires Etrangères invite à "rester calme" et à "garder notre sang froid".
 
"Il faut voir ce qu’ils annoncent" affirme le porte-parole du ministère des Affaires Etrangères qui admet cependant qu’il est "inutile de se voiler la face, nous entrons dans une période de turbulences dans la vie internationale". "Mais ça arrive", relativise-t-il.  
 
Le ministère des Affaires Etrangères souhaite avant tout calmer la situation en expliquant que la loi n’est pas dirigée contre la Turquie. "Notre méthode est d’abord pédagogique. Nous avons une posture positive et constructive" explique Bernard Valero car "c’est un grand pays et il faut préserver nos relations".  
 
 "Dans le monde international, les intérêts économiques priment" 
 
Alors que certains prévoient la détérioration des relations économiques et commerciales, Alican Tayla rappelle que "les deux pays sont engagés économiquement" et qu'aucun des deux n'aurait intérêt à ce que les relations dégénèrent. "Dans le monde international, les intérêts économiques priment" affirme-t-il.   
Rappelons que Renault est le premier exportateur en Turquie. 
 
Par ailleurs, la France et la Turquie sont également liées par de nombreuses enceintes comme l’OTAN, l’OMC ou encore l’UNESCO, des alliances qui ne peuvent être brisées. 
 
"Nous avons trop de choses avec eux que nous ne pouvons jeter par-dessus bord" s’exclame Bernard Valero. "On est dans la même barque et on rame dans la même direction" ajoute-t-il, filant la métaphore marine. 
 
"Ankara a plus à perdre que la France" 
 
Alican Tayla, notre chercheur spécialiste de la Turquie, prévient de son côté qu’il ne faut pas s’attendre à voir les deux pays travailler ensemble durant les prochains mois sur des sujets d’actualité internationale pour lesquels ils collaboraient jusque là, comme la situation en Syrie. 
 
"Cette crise ne peut être durable" prédit le chercheur. Les deux pays étant trop engagés l’un envers l’autre, une rupture des relations ne peut être envisagée. 
 
"Le Premier ministre turc a menacé la France, mais concrètement il n’y a rien" résume Alican Tayla qui prédit des mesures de rétorsion, une réduction des échanges diplomatiques, mais rien de plus : "Ankara a plus à perdre que la France, il faut relativiser", conclut le spécialiste. 
 
 
 
Crédit photo : Nicolas Sarkozy serre la main du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan © MaxPPP 

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