Un an après la révélation du scandale Zahia, Jérôme Jessel revient dans son livre "Sexe Football Club" sur les dessous d'un milieu où les performances ne se jouent pas que sur les terrains. Il nous livre ici quelques-unes de ses révélations et nous fait part de son analyse sur ces affaires.

Dans votre précédent ouvrage "Sexus footballisticus", vous abordiez déjà les affaires de moeurs dans le milieu du foot. Qu’est-ce qui a changé depuis ?L'affaire Zahia a été fondamentale. A la sortie du livre précédent il y a 2 ans, on m’a traité d’illuminé et affirmé que ce que je décrivais n’existait pas dans le milieu du football. Notamment de célèbres journalistes sportifs comme Eugène Saccomano. L’affaire Zahia est venu valider tout ce que je disais. C’était donc l’occasion de revenir plus en profondeur sur le sujet avec de nouvelles histoires, de nouveaux témoignages.

Le scandale Zahia est-il symptomatique des travers du football ?
Oui, je dirais même que cette affaire Zahia est plutôt banale dans ce milieu. Ce n'est que parce que Zahia était mineure au moment des faits et qu'une enquête judiciaire a été ouverte que c' est sorti. Des affaires de ce type, il y en a vraiment plein dans le foot.
 
Que devient Zahia qujourd'hui ?
Elle n’a pas changé de métier a priori et sa cote a même augmenté. C'est tout le cynisme de l’affaire. Son business est rondement mené par des gens qui ont pignon sur rue dans la presse people notamment. Elle a su surfer sur sa médiatisation et en faire pas mal d'argent. 
Hormis cette affaire, on a le sentiment qu'en France on hésite à faire ce genre de révélations... La France dispose de la loi la plus stricte en matière de vie privée. Donc la presse est souvent tiède. En Angleterre, en Allemagne ou en Espagne, les journalistes sont plus courageux et moins liés aux affaires du foot. C’est comme en politique. L'autocensure est très présente en France.
 
Et vous, avez-vous senti que votre livre dérangeait ?
Oui, quelques pressions larvées, des coups de téléphone aussi, mais ça n’a aucun effet sur moi heureusement. Mais vous savez, quand certains journalistes sportifs participent aux mêmes soirées que les footballeurs, c’est difficile pour eux d’être objectifs.
 
En quoi ces histoires de moeurs ont-elles une influence sur le foot et son industrie ?
Quand deux stars comme Eto’o et Ronaldinho se disputent et ne se parlent plus à cause d’une femme, c’est le club du FC Barcelone dans son ensemble qui en souffre. La brouille entre Larios et Platini, dont personne n’avait jamais parlé, a aussi handicapé la France au Mundial de 82. On parle aussi des Ginola, Desailly, Wenger ! Le fait de ne pas être journaliste sportif, de ne pas être du milieu, me donne la possibilité justement de raconter ces histoires.
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Comme l'affaire du coup de tête de Zidane en finale de Coupe du monde 2006...Personne, à part nous dans le livre, n'ose donner la vraie raison de son geste (d’après les auteurs, Marco Materazzi aurait fait référence à une rumeur d’infidélité impliquant la femme du capitaine français et un autre joueur, ndlr). Cette omerta médiatique vise essentiellement à protéger les grandes icônes.
Un autre thème que vous abordez dans le livre est celui de l’homophobie qui est apparemment monnaie courante dans le foot...
Oui, en France, avec le public, ce serait invivable. Dans le cinéma ou en politique cela existe, mais qui a déjà suivi un match de foot dans un stade sait le type d’insultes homophobes qu’on y entend. Et puis, le joueur qui ferait son coming-out risquerait d’être rejeté à l’intérieur même de son vestiaire. Ce serait impossible à vivre.
 
Vous évoquez d'ailleurs le cas d'une star du championnat de France qui accèpte de vous parler mais n'envisage pas d'avouer son homosexualité...
C'est inconcevable pour lui aujourd'hui. Même si ce n'est pas facile à vivre, le faire savoir serait bien pire. Il faut savoir qu’en moyenne il y a deux à trois joueurs homosexuels dans chaque équipe de Ligue1. Mais aucun ne fait son coming-out.
Prostitution, hypersexualité, homophobie... Comment peut-on expliquer ces dérives ?
Les mômes entrent en centre de formation dès leurs 12, 13 ans. C’est comme la caserne mais au moment où ils sont en pleine construction sexuelle. On forme des footballeurs mais pas des hommes. Ils ont alors tendance à forger leur image de la sexualité à partir d’internet.

 

Est-ce un problème générationnel français ?
Oui et non. C’est surtout un problème d’argent fou qui fait tourner les têtes. Un problème d’inculture des footballeurs aussi.
 
Quelle anecdote vous a le plus marqué ?
Celle qui m’a fait le plus mal plutôt. C’est l’histoire de ce joueur qui a dû être interné suite une grosse dépression. Il avait découvert, le jour de l'accouchement de sa femme, que le père de l'enfant n'était pas de lui mais de l'un de ses coéquipiers. 
 
> Pour en savoir plus
"Sexe Football Club : les dessous du foot", de Jérôme Jessel et Bruno Godard, 16 euros, aux éditions Fetjaine.

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