Encore politiquement inconnu de la majorité des citoyens, les Français sont en droit de se demander comment le nouveau Premier ministre va conduire la politique du pays. S'il gère le pays comme la ville de Nantes dont il est maire depuis 1989, à quoi cela pourrait-il ressembler ? Eléments de réponse avec Planet.fr.

Samedi dernier, Jean-Marc Ayrault était de retour dans son fief nantais. Devant les micros et les caméras, il n'a pas hésité à rappeler à quel point il était attaché à cette ville. Il a d'ailleurs précisé qu'il est "toujours au côté des Nantais. Et l'expérience nantaise m'inspire dans ma manière de faire et de diriger le gouvernement".

Et justement, si Jean-Marc Ayrault s'inspire de sa politique à Nantes, il semble intéressant de se pencher sur le bilan de ce maire, élu sans interruption dès le premier tour depuis 1989. Qu'ont donné ces 23 ans passés à la tête de la sixième ville de France ? Une chose est sûre, pour ses défenseurs comme pour ses détracteurs, Jean-Marc Ayrault a donné un nouveau visage à la ville.

Nantes : une ville agréable à vivreLa ville de Nantes jouit d'une bonne réputation en France et à l'étranger. Il n'est en effet pas rare de la voir figurer dans les premières places des différents classements des villes les plus agréables à vivre (Le Nouvel Obs, Le Point, L'Express...). Situé à une heure de l'Atlantique, et à 2 heures de TGV de Paris, elle paraît dynamique et attractive. En 2004, la magazine Time avait même estimé qu'il s'agissait de la ville la plus agréable d'Europe. Et pour 2013, la Commission européenne l'a désignée "Capitale verte de l'Europe".

Pourtant, la ville a dû survivre à la fermeture des chantiers navals qui faisaient son rayonnement local. Si des efforts avaient déjà été engagés avant l'arrivée de Jean-Marc Ayrault à la tête de la ville en 1989 (retour du tramway, construction de la Cité des Congrès, arrivée du TGV...), celui qui prend aujourd'hui les rênes du gouvernement a contribué à redonner vie à la ville.

Un développement à grande échelleC'est lui qui décide de mener une politique centrée sur les transports publics, la mémoire de la ville, la mixité, la Loire, la culture en vue du développement, un certain dynamisme économique et la garantie d'une bonne qualité de vie. Pendant ses mandats, la ville est donc devenue un véritable chantier géant, où la silhouette des grues était devenue familière aux Nantais. Bureaux, logements... la demande est grande ! En effet, Nantes est aujourd'hui la troisième agglomération la plus créatrice d'emploi de France, et l'Insee prévoit déjà 100 000 habitants supplémentaires d'ici 2030.

En matière de logement, avant de quitter son poste de maire pour celui de Premier ministre, Jean-Marc Ayrault espérait déjà la mise en place d'un contrat. "Nous proposons que l'Etat mette à disposition gratuitement, ou pour un euro symbolique, les terrains dont il est propriétaire. En les inscrivant dans un projet, pas uniquement pour construire du logement social mais aussi pour réaliser de vrais quartiers urbains". Désormais à la tête de l'Etat, va-t-il mettre lui même ce plan en place ?

L'ouverture vers un Grand OuestD'après Jean-Marc Ayrault, "si Nantes surmonte mieux la crise que d'autres, c'est parce que nous avons su interroger l'avenir". Et justement tournée vers l'avenir, la ville et son maire prévoient de continuer son développement par la transformation de quartier et par la création d'un "Grand Ouest" associant les villes de Nantes, Saint-Nazaire, Angers, Brest et Rennes.

Mais ces belles réalisations et ces beaux projets ont évidemment un coût ! Selon une étude de l'agence Public Evaluation System (PES), agence indépendante de notation des collectivités locales, Nantes ferait partie des villes les plus mal gérées de France. Le classement 2011 se base sur les comptes de l'année 2009 et laisse remarquer que sur les 869 villes étudiées, Nantes se classe dans les dernières avec une note... inférieure à 8/20 !

L'une des villes les plus mal gérées de FranceLe peu de ressource restant après avoir payé les dépenses de gestion incompressibles et l'endettement supérieur aux recettes empêchent de trouver de nouvelles ressources...

Par ailleurs, le budget de la ville ne cesse d'augmenter, et les impôts locaux suivent obligatoirement. Ainsi, en 2008, la taxe d'habitation était 53% supérieure à la moyenne nationale, et 35% pour la taxe professionnelle.

Enfin, on reproche souvent à Jean-Marc Ayrault son manque de célérité dans les décisions à prendre. C'est par exemple le cas pour le dossier du nouvel aéroport de Notre-Dame-des-Landes, qui traîne depuis des années, les écologistes s'y opposant, le maire l'approuvant... Et pourtant, survolée quotidennement par des avions à basse altitude, Nantes défie pour le moment les statistiques qui lui prédisent un crash en pleine ville.

"Il a de l'autoritén peut-être un peu trop parfois..."Alors Jean-Marc Ayrault prendra-t-il vraiment modèle sur sa gestion de la ville de Nantes pour conduire la politique gouvernementale ? Sa façon de gouverner, il l'a déjà expliquée par hasard dans une interview accordée à Place Publique, la revue urbaine de Nantes et Saint-Nazaire en déclarant que "gouverner, ce n'est pas seulement prévoir, c'est aussi mobiliser, mettre tous les atouts de son côté pour regarder l'avenir avec confiance. Une confiance individuelle. Une confiance collective. Les deux vont de pair [...] Je crois que les individus sont prêts à s'investir dans des projets qui les dépassent : l'avenir de leur ville, l'avenir de leur pays".

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Selon Alain Besson, un journaliste nantais qui signe sa biographie (Jean-Marc Ayrault, une ambition nantaise, éditions Coiffard), "il a les qualités pour être un bon Premier ministre : il a de l'autorité, peut-être un peu trop parfois. Mais cette autorité est tempérée par un sens de la conciliation et un sens fédérateur assez poussé".

© Frank Perry / AFP

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