Planet.fr a rencontré Mathieu Plane, économiste à l’OFCE (Centre de recherche en économie de Sciences-Po) pour une interview sur le budget 2011. Le gouvernement atteindra-t-il son objectif de 6% de déficit avec tous ses "coups de rabots" ?

L’objectif du budget 2011 est clair : réduire le déficit public. Alors que celui-ci devrait s’élever à 7,7% du PIB en 2010, le gouvernement table sur 6% en 2011. "Une baisse colossale dans ce contexte de croissance molle", souligne Mathieu Plane, économiste à l’OFCE (Centre de recherche en économie de Sciences-Po).

Les prévisions de l’OFCE

 

Le budget 2011 permettra-t-il d’atteindre l’objectif de 6% ? "Quasiment", répond Mathieu Plane. "Selon nos prévisions, le déficit sera de 6,4% en 2011." Pourquoi cette  différence ? En partie selon lui parce que le gouvernement minimise l’impact de la rigueur sur la croissance (Bercy prévoit 2% de croissance en 2011, l’OFCE 1,6%). Moins de croissance, c’est moins de recettes fiscales pour l’Etat, donc plus de déficit.

Mais les 6% ne sont qu’une étape : le gouvernement prévoit un déficit proche de 3% dans trois ans. La rigueur devra donc être reconduite pour 2012 et 2013.

Attention, prévient Mathieu Plane, cette baisse drastique du déficit risque de s’effectuer au détriment de la croissance, donc de l’emploi. L’OFCE prévoit d’ailleurs un taux de chômage en hausse pour 2011 – 9,7% contre 9,4% en 2010.

Cette rigueur était-elle vraiment nécessaire ?

La France s’engage, comme les autres pays d’Europe, dans une lutte sans merci contre le déficit public, au risque de plomber croissance et emploi, explique Mathieu Plane. Mais le gouvernement pouvait-il faire autrement ?

Pas vraiment, répond-il ! Ou alors, il aurait fallu que la décision de privilégier la croissance se prenne au niveau européen. "Le gouvernement, explique-t-il, est soumis à la fois à la rigidité du Pacte de stabilité et de croissance européen, et aux agences de notation, qui menacent, si les déficits ne diminuent pas assez vite, de baisser la note du pays." Et celle-ci agit sur la confiance des investisseurs : si la note est bonne, ils accordent au pays des taux d’intérêt bas quand ils lui prêtent de l’argent. S’ils n’ont plus confiance, c’est un cercle vicieux : les taux d’intérêt augmentent et la dette (cumul des déficits annuels) grimpe mécaniquement !

L’exemple grec

 

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Le gouvernement se plie à ces exigences de réduction du déficit pour éviter un emballement comme celui qu’a connu la Grèce. Parmi les solutions avancées par Mathieu Plane : mettre en place une solidarité budgétaire entre les pays de la zone euro pour rassurer les investisseurs.

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