Les spiritualités dans le monde

Selon mon habitude, dimanche dernier, 29 octobre, j’ai regardé les émissions matinales et spirituelles sur France 2. La première était centrée sur le Bodaïshin, l’esprit d’éveil, le cœur du Bouddhisme ; plus précisément, comment se libérer en libérant les autres ; susciter, chez l’autre, l’esprit d’éveil est la voie pour accéder soi-même au nirvana.  

La deuxième émission, intitulée "Le soufisme dans le monde", était la clôture d’un cycle de six entretiens portant sur le soufisme, le mysticisme dans l’Islam. Comment une spiritualité peut-elle agir dans le monde ? D’une part grâce à ses penseurs qui donnent le cap, le retour à l‘essence même de la foi ; et, il faut bien avouer que, pour les musulmans, ce véritable jihad est plus que jamais indispensable face aux dérives mortifères qui souillent le message du Prophète. Quand j’étais un enfant, pour moi, l’émir Abd el-Kader n’était qu’un vaincu de l’ère coloniale ; on avait "oublié" de me révéler que c’était, d’abord, un immense prophète, un précurseur, un semeur de paix.

Mais, ce retour aux sources, dans le respect des autres religions ou spiritualités, a aussi besoin d’être relayé par des tariqa, des confréries soufies, qui animent, sur le terrain, la pratique de la foi.La partie "Raconte-moi l’islam" avait l’honnêteté intellectuelle, voire l’humilité, de clore le récit de la fabuleuse épopée musulmane en terre andalouse par son échec militaire ultime ; eh oui, Trafalgar et la Bérézina font, eux aussi, partie de notre histoire.

Le temps imparti au protestantisme, transmis en eurovision, était, lui aussi, centré sur l’action des protestants dans le monde. Je dois avouer que le cœur de mon âme a saigné. Est-ce parce que  cette foi est, "en théorie", très proche de la mienne, ce qui me rend plus exigeant ? Or, il ne s’agissait pas d’un petit groupe isolé, avec ses dérives inévitables. C’était un rassemblement spectaculaire à l’occasion des cinq cents ans de la Réforme : entre dix et quinze mille participants, voire militants, réunis au Zénith de Strasbourg. Une organisation impressionnante. Un témoignage fort.

Quand un Syrien, réfugié en France, nous avoue qu’il a dû quitter sa femme pour ne pas être embarqué dans des combats qu’il récuse, je le comprends ; mais donner cela comme modèle à la face du Monde me laisse perplexe.

Comme chez les catholiques – je sais de quoi je parle – ce sont les prêtres ou les pasteurs qui tiennent le gouvernail. Et c’est l’homélie, assez longue, du pasteur qui a cristallisé mon désaccord. Comme il se doit, ce plaidoyer s’appuyait sur un passage de la "Bonne Nouvelle de Jésus-Christ" : la parabole de l’enfant prodigue ; mais il manquait la fin de cette fable, la part de la conclusion qui me sert de boussole.

Il y a plus grave : j’ai eu l’impression que le pasteur instrumentalisait l’évangile pour "imposer" sa conception du "bon chrétien" aujourd’hui ; le fils prodigue était un réfugié. Est-ce que, pour un disciple du Christ, la priorité affichée doit être d’accueillir tous les réfugiés "politiques", au risque de créer un appel d’air dévastateur ?

Comme le disait le représentant du bouddhisme, le monde a besoin de spiritualité, mais il ne faut pas rester englué dans les erreurs des religions.