La fête de l'Ascension et l'islam

La vision actuelle complètement tronquée de l'islam en Europe en général et en France en particulier empêche un grand nombre de citoyens de pouvoir imaginer un instant que la fête religieuse chrétienne de l'Ascension qui a eu lieu le jeudi 14 mai 2015 pouvait aussi être celle des musulmans.  En effet, ce récit de l'Evangile qui s'est déroulé 40 jours après la résurrection du Christ est contenu dans le Coran lequel tout en ne reconnaissant pas la crucifixion du Messie, car "cela leur est seulement apparu ainsi", enseigne bien que "Dieu l'a élevé vers Lui" (1).

Une histoire religieuse commune ?

On retrouve aussi des similitudes entre les deux écritures saintes dans l'Annonciation faite à Marie, seule femme citée (33 fois) dans le Coran où un chapitre porte son nom, et sur la naissance miraculeuse de Jésus (Aissa) que le Coran confirme mais sans lui attribuer de qualité divine. Il y a aussi par exemple la fête chrétienne de la circoncision tous les 1er janvier qui est une pratique toujours respectée par les musulmans. L'islam partage également des récits et des fêtes communes avec le judaïsme comme la sortie des hébreux d'Egypte avec à leur tête Moïse (Moussa). Un autre point commun bien connu c'est la commémoration du sacrifice d'Abraham, père des trois religions monothéistes. Il en est de même du jeûne que l'on retrouve aussi bien dans le judaïsme que dans le christianisme, dont le Carême a eu lieu du 18 février au 5 avril, ainsi que dans l'islam dont le début des 30 jours du mois de Ramadan est attendu pour la mi-juin. L'islam sans renier la Tora et les Évangiles se revendique de la continuité de la révélation divine faite depuis Adam à tous les Prophètes.  Ces points communs dans la croyance et la foi devraient non seulement rapprocher les français adeptes de ces trois cultes mais aussi l'étendre à tous les citoyens ayant d'autres croyances et aux non-croyants.

La laïcité condition du vivre ensemble

C'est là la véritable acception du principe de la laïcité qui ne saurait se mesurer à la longueur d'une robe que l'on voit d'ailleurs portée en ce moment par de très nombreuses actrices au festival de Cannes sans que cela fasse scandale (sauf en cas de coup de vent). Le vivre ensemble selon Voltaire est une exigence indiscutable. C'est ainsi que le chantre de la tolérance demande à tous les hommes : "Quoi, mon frère le Turc ? Mon frère le Chinois ? Le Juif ? Le Siamois ? -Oui sans doute. Puissent tous les hommes se souvenir qu'ils sont frères !" (2)Le problème c'est que depuis quelques années maintenant et sans que cela cesse, on assiste à un combat anti-musulman porté de front ou de biais par un certain nombres de personnes souvent médiatiques, parfois mal intentionnées, qui poussent à la haine de l'autre et qui mettent en danger la société sous couvert de la "mettre en garde". Comment faire admettre à tous ces inquiets, qu'en plus des principes de Liberté, d'Egalité, de Fraternité et même de Laïcité, il y a celui de l'amour de son prochain ?

Le développement de l'islamophobie

Dans cette cohorte on a, tout d'abord, les presque inséparables et inutiles Mme Fourest chroniqueuse à France Culture, prise récemment en flagrant délit de mensonge dans une émission TV, et Mme Bougrab avide de plateaux TV et radios, dont la qualité de fille de harki ne lui donne aucune légitimité à connaitre la religion musulmane qu'elle ne pratique d'ailleurs pas selon ses dires. Ensuite, apparaît le journaliste M. Zemmour toujours acharné, qui incite à la méfiance à l'égard des musulmans, suivi de l'écrivain M. Houellebecq mal dans sa peau et qui n'a jamais compris la conversion de sa mère à l'islam. Bien entendu, même si on a tous vu de nombreuses fois ces personnes s'exprimer sans trop de contradiction, il n'en manque pas d'autres peut-être un peu moins véhéments. Malheureusement, ces prises de paroles inconsidérées, dont un des spécialistes n'est autre que M. Onfray, sont devenues la raison d'une existence médiatique.À tel point que les citoyens, y compris les musulmans, sont de plus en plus excédés et saturés de ces analyses verbales diffusées ou reprises à profusion et en continue qui portent plus sur un "islam de slogans ou politique" n'ayant rien à voir avec la spiritualité. D'autant plus, qu'il s'y ajoute les faits d'actualité nationaux et internationaux touchant de près ou de loin au monde de l'islam. Non seulement, ils créent le doute et la confusion sur cette religion mais ils désemparent une opinion publique déjà déconcertée et confrontée à d'autres difficultés. De nombreux sondages indiquent que plus de 70% de cette opinion a peur des musulmans et de l'islam. C'est ce que l'on appelle l'islamophobie. Cependant, il faudrait reconnaître que si cette dernière se développe, elle le doit en grande partie à la désinformation et les Français ne demandent qu'à être convaincus du contraire. 

L'absence des musulmans dans le débat

Mais les "représentants" musulmans, toujours les mêmes depuis de trop nombreuses années, n'ont ni le discours ni le savoir-faire de la communication pour expliquer un islam respectueux des autres et surtout de la vie. Leurs apparitions sont très rares dans les médias et leurs explications sont souvent trop superficielles. On attend tous qu'ils soient en permanence dans le débat et qu'ils dénoncent tout ce qui s'apparente à l'islam alors qu'il n'en est pas. Comme par exemple de condamner sans arrêt la persécution que subissent les minorités en Orient composées entre autres de chrétiens arabes et de leur exprimer sans faille une totale solidarité. D'autant plus, que ce sont des musulmans qui sont les victimes en masse des comportements barbares de ces sectes, apparues récemment et sorties d'on ne sait où, que ce soit le "Daech" ou tout autre bizarrerie. En marge de ces incompétences et de l'absence d'une véritable structure  musulmane représentative, s'ajoute à la confusion générale l'accoutrement dit "salafiste". Cet habit sans signification religieuse précise porté par des jeunes eux mêmes sans connaissances religieuses véritables serait devenu un vêtement identitaire. Dans ces conditions on peut dire que le "chemin de croix" du citoyen musulman face aux stéréotypes et aux amalgames est loin de se terminer. Autrement dit, il est mal barré dans une société où la méfiance à son égard se répand !De plus, à tous ces phénomènes, il faudrait aussi retenir des prises de positions et des disputes politiques qui poussent à l'incompréhension et au rejet et certains n'hésitent pas à dire, soit par raccourci ou soit par ignorance ou soit encore par malveillance, que la religion musulmane serait incompatible avec la République, ce qui est non seulement une position totalement erronée mais irresponsable. Il y a bien eu des intellectuels pour essayer de contrer cette catharsis anti-musulmane mais avec des effets qui semblent limités, tel l'écrivain et spécialiste de l'islam Malek Chebel très persévérant, le journaliste reconnu Edwy Plenel qui a publié un livre courageux ou bien encore le récent ouvrage du chercheur incompris Emmanuel Todd mais dont l'intelligence fait autorité. Pourtant, c'est un débat qui pourrait se résoudre avec simplicité mais à la condition qu'il ne soit pas envenimé ni parasité par les spécialistes de thèses réductrices et malveillantes. Aujourd'hui, l'immense majorité en France aspire sincèrement à voir se régler un jour ou l'autre et une fois pour toute ce sujet de l'islam traité à tort et à travers sans considération pour ses nombreux pratiquants. Les Français musulmans n'aspirent qu'à vivre leur foi en toute quiétude, sans être vilipendés et sans être mêlés aux événements tragiques vécus récemment, telle l'affaire Charlie ou les crises et les destructions dans le monde musulman ou encore les problèmes de l'immigration sauvage et clandestine.

L'ascension du Prophète Mohammed

Pour terminer, revenons à la fête de l'Ascension car il importe d'évoquer aussi celle de "Mahomet" qui est méconnue et qui pourtant est tellement importante dans le dogme musulman. Sans être une fête particulière, elle est relatée en ce moment depuis le 16 mai 2015 date qui correspond au 27 rajab 1436 du calendrier musulman. C'est lors de ce voyage nocturne et de cette ascension que le Prophète rencontre les autres envoyés et qu'arrivé au pied du trône de Dieu il lui fut prescrit le rite des cinq prières quotidiennes. Voici deux références pour ceux qui souhaiteraient connaître ce récit merveilleux dans lequel sont décrits les cieux traversés et qu'on peut trouver aussi sur internet :- Le voyage nocturne de Mahomet, auteur Jamel Eddine Bencheikh. Editeur : Imprimerie Nationale 2002.- Le livre de l'échelle de Mahomet, en collection de poche de 1991. Un récit anonyme datant du Moyen Âge. Livre difficile à trouver aujourd'hui et qui "témoigne des efforts de l'Occident médiéval pour connaître l'Islam" selon l'éditeur.

(1) Coran, chapitre 4 versets 157/158, traduction Denise Masson en Folio édition Gallimard 1967(2) Voltaire, Traité sur la Tolérance, chapitre XXII.