À l'affiche des comédies ''Une famille à louer'' et ''Le Tout Nouveau Testament'', l'artiste n'est pas qu'un amuseur public. Fragile derrière son exubérance, il a déjà annoncé la fin de sa carrière, pour tourner de plus belle.

Benoît Poelvoorde donne chair aux scénarios les plus improbables. Dans Une famille à louer (un film de Jean-Pierre Améris, en salles depuis le 19 août), le comédien joue le rôle d'un homme riche qui pour rompre sa solitude paye à une mère célibataire le droit de vivre chez elle. Dans Le Tout Nouveau Testament (de Jaco Van Dormael, sur les écrans à partir du mercredi 2 septembre), il incarne... Dieu.

Après plus de vingt ans de carrière, il fait partie de ces célébrités que les gens croient connaître, en France et en Belgique, son pays. Mais Benoît Poelvoorde a beau donner l'apparence d'un amuseur public, il est davantage un acteur tragi-comique.

Devant les médias, il cultive son image d'histrion frénétique. S'il accepte des interviews, il n'aime guère se prêter au jeu de la promotion (l'attachée de presse du Tout Nouveau Testament a rejeté notre demande d'entretien). Alors il s'auto-caricature, il improvise, il fait beaucoup de bruit, il se moque de presque tout et il feint des colères, vibrionnant. En août, il avertissait l'AFP : ''Il ne faut pas écouter ce que je raconte !''

''À part parler, je ne sais rien faire'', blaguait-il encore dans cette interview. Il a profité pleinement de cette capacité si commune. Certains artistes passent leur vie à rechercher le succès. Dès son premier long-métrage, lui est allé à Cannes. C'est arrivé près de chez vous (qu'il réalise avec Rémy Belvaux et André Bonzel) le révèle au public et au monde du cinéma, dans le rôle d'un criminel odieux. Ce faux documentaire est récompensé par trois prix lors du fameux festival, en 1992. Pas mal pour quelqu'un qui ne souhaitait pas devenir acteur.

Des comédies populaires et des films exigeants

Depuis, il a crevé l'écran dans des comédies populaires. Il interprète des personnages médiocres, aux gestes larges et aux propos irréfléchis, assumant leur ridicule voire leur méchanceté. Dans Les Randonneurs (de Philippe Harel, 1997), il compose un guide de montagne. Dans Podium (de Yann Moix, 2004), il joue le rôle d'un fan de Claude François reprenant sa carrière de sosie du chanteur. Dans Rien à déclarer, Benoît Poelvoorde est un douanier belge contraint de travailler avec un collègue français qu'il hait (Dany Boon, le réalisateur de ce carton au box-office de l'année 2011).

Des films exigeants et sombres lui ont également permis de briller. Dans Entre ses mains (de Anne Fontaine, 2005), son personnage de dragueur attire une femme tranquille (Isabelle Carré) qui s'interroge : ce vétérinaire est-il le tueur en série que la police recherche ? Dans Trois cœurs (2014, de Benoît Jacquot), le contrôleur fiscal qu'il incarne tombe successivement amoureux de deux sœurs (Charlotte Gainsbourg et Chiara Mastroianni), sans connaître leur lien de parenté.

L'acteur alterne aisément les registres dans des comédies dramatiques, telles que Le Vélo de Ghislain Lambert (2001, de Philippe Harel), histoire d'un modeste coureur qui se rêve champion. Dans La Rançon de la gloire (2015), il tient le rôle d'un voyou de pacotille qui s'empare du cercueil de Charlie Chaplin avec un ami (Roschdy Zem).

''Poelvoorde est un monument, nous indique avec enthousiasme Xavier Beauvois, le réalisateur de ce film inspiré d'une histoire vraie. Il suffit de lui parler quelques minutes avant de tourner une scène pour qu'il sache comment la jouer.''

Patrice Leconte est aussi élogieux, lui qui a dirigé l'artiste dans La Guerre des miss (2009), une comédie où il interprète un... acteur. ''Il était très à l'écoute de ce que j'avais en tête, nous raconte le cinéaste. Très souvent, il allait au devant de mes envies.'' Le réalisateur des Bronzés (1978) conserve de merveilleux souvenirs de son attitude durant le tournage : ''Il était inventif, inépuisable, infatigable, d'une générosité folle, tout le temps drôle, ne cessant de faire rire l'équipe. Le soir, je l'imaginais épuisé d'avoir autant donné, s'écroulant comme une masse sur son lit.''

L'exubérant Benoît Poelvoorde est un maniaque dans sa vie quotidienne et un métronome dans son métier. ''Son jeu est foisonnant et précis, analyse Patrice Leconte. Très professionnel, rigoureux même dans les excès, d'une vérité immédiate. On ne voit jamais le travail, ce qu'il fait n'est jamais laborieux. Le mot est galvaudé, mais il a manifestement un don pour la comédie, le jeu, la justesse.''

Malgré l'admiration que lui vouent de nombreux pairs, malgré la popularité, à presque 51 ans, Benoît Poelvoorde ne demande qu'à être rassuré sur ses qualités. À plusieurs reprises, il a affiché son ambition de gagner un César. Il a même des doutes terribles. ''J'ai l'impression d'être un usurpateur et, qu'un jour, les gens s'en apercevront'', disait-il en 2013 au Journal du dimanche. Il confesse ses fragilités, sa dépression qui a failli l'emporter. Pourtant grisé par la lumière, il a eu des penchants trop prononcés pour l'alcool. Nul doute qu'il était sérieux lorsqu'il a admis, dans un article publié par Libération début 2015 : ''Je peux devenir fou.''

Des ''zones d'ombre vertigineuses''

''Je sens bien que son extravagance joyeuse l'aide à masquer ses zones d'ombre vertigineuses, ses tourments, ses démons'', souligne Patrice Leconte. ''Il n'y a pas un seul Poelvoorde, il y en a plein : le gai et le triste, le type immensément cultivé et celui qui va picoler dans les bars, le généreux et le radin'', précise Xavier Beauvois.

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''Si je joue, [… mon] angoisse s'arrête net'', disait le comédien à Libération en 2007. Quand son rythme de travail ralentit sur un plateau, nécessité du planning de production oblige, il ronge son frein. ''Il n'aime pas s'ennuyer pendant un tournage'', explique Xavier Beauvois.Pourquoi donc en 2010 et l'année dernière, Benoît Poelvoorde a-t-il évoqué la fin de sa carrière d'acteur ? Etaient-ce des caprices de star ? Plutôt des cris de désespoir, semble-t-il. Il les a lancés ''le plus sincère du monde [...]. Mais on peut être sincèrement con'', déclarait l'artiste à l'AFP en août. Il a tourné de plus belle, endossant encore les habits de personnages taillés à sa démesure.

Extrait vidéo : Benoît Poelvoorde est un DIEU pervers dans Le Tout Nouveau Testament