Christophe de Margerie, PDG du géant pétrolier Total est décédé dans un accident d’avion lundi soir à Moscou. "Big moustache" comme on le surnommait avait réussi à redorer l’image de son entreprise après plusieurs scandales qui l'ont touchée dans les années 2000. 

Christophe de Margerie est mort lundi soir suite à un accident entre son jet qui décollait et une déneigeuse qui se trouvait sur la piste de l’aéroport de Vnoukovo (Russie). PDG du groupe Total depuis 2010, il a effectué une carrière hors du commun au sein du groupe pétrolier depuis son entrée en 1974.

À lire aussi - Christophe de Margerie, le PDG de Total, meurt dans un accident de jet privé

Né en 1951 à Mareuil-sur-Lay-Dissais en Vendée, Christophe de Margerie a grandi dans une famille de dirigeants d’entreprises et de diplomates. Petit-fils du fondateur du groupe de luxe et de champagne, Pierre Taittinger, le jeune vendéen n’est pourtant pas prédisposé à rejoindre les affaires familiales, rappel l'AFP. Il multiplie les scolarisations dans les établissements privés, à Reims, à Paris puis à Neuilly-sur-Seine avant d’intégrer l’École supérieure de Commerce de Paris dont il ressort diplômé en 1974.

Une carrière chez Total

Cette même année, il rejoint la compagnie française des pétroles (qui deviendra Total) en tant que stagiaire sous prétexte "que c’était l’entreprise la plus proche de chez lui", selon ses propres dires. Entré à la direction financière de la société, il prend le temps de gravir les échelons un à un. En 1992, il parvient à entrer au comité directeur où il découvre les rouages du pétrolier dans sa globalité. En 1995, Christophe de Margerie est nommé au poste de directeur général de Total-Moyen-Orient, lequel va lui servir de tremplin pour la suite.

Les quatre années qu’il passe à ce poste ont en effet apporté au patron de Total une expérience et des contacts qui lui permettent d’obtenir une image de négociateur chaleureux mais efficace. Suite à la fusion entre le groupe français et le belge Petrofina en 1999, il quitte la direction de Total Moyen Orient pour rejoindre la direction Exploration & Production du géant pétrolier, occupée précédemment par Thierry Desmarest. Ce changement de statut lui ouvre ainsi les portes du comité exécutif de Total et beaucoup voient déjà en lui, le successeur de Thierry Desmarest, devenu entre-temps président-directeur général du groupe, précise à ce titre Le Monde.

Ses voyages à travers le monde l’amènent à rencontrer un certain nombre de personnalités parmi lesquelles, Vladimir Poutine pour qui il sera un soutien indéfectible. À ce titre, le patron aux grandes moustaches rappelait à ceux qui lui reprochaient ses accointances, qu’il ne fallait pas toujours "regarder avec les yeux des Occidentaux". Un argumentaire qui fut repris à chaque fois que le développement de la société était contesté, aussi bien en Irak qu’en Birmanie ou en Lybie.

Des affaires judiciaires et un chef qui garde le cap

C’est en 2007 que "Big moustache" est nommé directeur général du groupe. Il doit alors affronter un à un les scandales liés à Total. Il est placé en garde-à-vue peu de temps après sa nomination pour une affaire de corruption avec l’Iran. À laquelle s’ajoute le procès du naufrage de l’Erika survenu en 1999 et l’affaire de l’explosion de l’usine AZF dans l’agglomération toulousaine en 2001, rapporte le journal.

Un peu avant sa nomination, en 2006, Christophe de Margerie avait déjà été mis en examen dans l’affaire "pétrole contre nourriture" en Irak, soupçonné d’avoir participé à un système de pots-de-vin et de surfacturations mis en place par le régime de Saddam Hussein. Il en ressortira indemne en 2013 après 8 ans d’instruction et un mois de procès.

2010, la consécration d'un stratège

Tant bien que mal, le directeur général tient bon. "Notre image n’est clairement pas très bonne. La plupart des gens, quand on leur parle de Total, il ne savent pas ce que c’est mais il savent que c’est pas bien", avait-il lâché en 2009, lors d’une assemblée générale du groupe. Ménageant la chèvre et le chou, Christophe de Margerie parvient à développer la société, notamment grâce à des investissements massifs dans l’exploration et la prospection, tout en gérant un certain nombre de cessions d’activité comme la fermeture de la raffinerie de Dunkerque en 2010.

Publicité
En mai 2010, il accède enfin aux fonctions de président-directeur général de la compagnie qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort. Fort de ses relations avec la Russie, il pousse le groupe à y développer sa plus importante zone de production d’hydrocarbures. Un objectif en cours de réalisation qui devrait aboutir en 2020. En avril 2011, le PDG secoue une première fois l'opinion publique. Il avait alors pronostiqué qu’un jour, le prix de l’essence allait s’enflammer et passer la barre des 2 euros le litre. En juillet de la même année, il crée de nouveau la surprise en demandant, avec quinze autres dirigeants d’entreprises français, une augmentation de ses impôts.

Christophe de Margerie était marié et père de trois enfants.

Vidéo - Retrouvez ci-dessous notre zapping Actu du jour :