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Comment encourager l'entrepreneuriat en Afrique ? Quelle agriculture et quel modèle d'électrification pour le continent ? Ce sont les thèmes évoqués par les participants à la 4ème édition du Forum international Afrique Développement organisé ces derniers jours dans la capitale économique du Maroc, Casablanca. Objectif de l'évènement : mobiliser les énergies dans chacun de ces domaines. Avancer sur ces questions est essentiel quand on sait que plus de 60% de la population africaine n'a pas accès à l'électricité et que plus de la moitié souffre de malnutrition. Or le continent dispose de 800 millions d'hectares de terres arables non exploitées. 'La finalité de ce forum, explique Mohamed el-Kettani, PDG d'Attijariwafa Bank, organisateur de ce Forum international Afrique Développement en partenariat avec Maroc Export, c'est de permettre aux 2400 inscrits d'interagir avec les experts, d'assurer la programmation de 4500 rendez-vous B2B. Notre idée, précise-t-il, c'est d'abord d'amplifier le mouvement de coopération intra-africaine : à savoir, faire en sorte que les Africains commencent à coopérer entre eux, à faire du commerce extérieur intra-régional, mais aussi à interagir avec leurs homologues à l'international sur un pied d'égalité.' Forum Afrique-Développement: le temps du concret - https://t.co/Ry8nSXFoLh pic.twitter.com/p2JCK5mdLF- Financial Afrik (@Financialafrik) 29 février 2016 Coopération Sud-Sud Le Forum donne aux acteurs économiques, l'occasion d'échanger sur des initiatives précises, mais aussi d'assister à des débats notamment sur la nécessité de faire du secteur agricole, un moteur de croissance économique. 'L'agriculture n'est plus seulement l'affaire de l'Afrique où il y a des pauvres, où les gens ne mangent pas à leur faim, où l'autosuffisance n'est pas encore atteinte, souligne Mathieu Mboumba Nziengui, ministre de l'Agriculture du Gabon, avant d'ajouter : L'agriculture est encore et surtout l'affaire de tout le monde notamment des Européens et aujourd'hui, de l'Afrique elle-même dans le cadre de la coopération Sud-Sud.' 'L'objectif de cette quatrième édition, renchérit Zahra Maafri, directrice générale de Maroc Export, c'est de relancer le débat sur des thématiques fondamentales : à savoir, le développement de l'agriculture et de l'industrie de l'électrification. Ce sont deux secteurs piliers pour toute politique équilibrée et durable de l'Afrique, pour son meilleur positionnement sur le marché international,' dit-elle. 'L'avenir de l'investissement est en Afrique' Parmi les vingt-trois nations africaines présentes au Forum, le Congo-Brazzaville. Son Agence de Promotion des Investissements a exposé ses stratégies en vue d'ouvrir davantage le pays aux investisseurs internationaux. 'L'avenir de l'investissement, il est en Afrique, assure Annick Patricia Mongo, directrice générale de l'Agence, puisque nous avons de forts taux de croissance et nous avons de plus en plus le développement d'une classe moyenne, donc je pense que l'avenir de l'investissement est véritablement en Afrique. Et c'est très bien que le Maroc mène des initiatives comme ces forums Afrique Développement pour permettre également des rencontres Sud-Sud', insiste-t-elle. Les organisateurs se sont engagés à faire de ce forum, une rencontre annuelle pour démultiplier les opportunités d'échanges, d'investissements dans le continent africain.
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L'Europe est le premier donateur mondial pour l'aide au développement : elle lui consacre plus de 50 milliards d'euros par an. Dans ce cas, pourquoi tant de migrants quittent-ils les pays qui la reçoivent ? On en débat dans cette édition de The Network. On parle d'utiliser une partie du budget européen consacré au développement pour faire face à la crise des migrants, le flux pouvant d'ailleurs être plus important avec la météo plus clémente du printemps. Pour les ONG, ce n'est pas la solution car réduire l'aide pourrait signifier davantage de migrants économiques qui sont déjà plus nombreux que les réfugiés syriens. Comment l'Union peut-elle répondre à ces deux crises : en Europe et dans les pays en développement ? Et comment disposer des fonds nécessaires dans un contexte de budgets nationaux et européens resserrés ? Parmi les participants à ce débat, Henrique Banze, Sous-secrétaire général chargé du département Financement du développement au sein du Groupe des Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), il ne faut pas se contenter de parler budget : il s'agit de promouvoir la création d'emplois qui est 'un aspect important en particulier quand on regarde la situation des femmes et des jeunes qui représentent la plus large part des migrants arrivant en Europe aujourd'hui. Mais l'aide au développement doit aussi s'attaquer aux facteurs fondamentaux qui sont essentiels à une transformation économique,' dit-il. Quant à la crise des migrants, il souligne que les 'migrations représentent un phénomène immense à voir aussi sous l'angle des conflits et c'est davantage à ce niveau que nous pouvons agir et résoudre cette crise.' Autre invité, Nirj Deva, Vice-président de la Commission du développement au Parlement européen et eurodéputé britannique du Groupe des Conservateurs et Réformistes européens, réagit pour sa part à cette idée de consacrer une partie de l'aide à la crise des migrants : 'C'est une énorme erreur, mais comme nous sommes presque en faillite, où trouver l'argent nécessaire ? lance-t-il. En fait, poursuit-il, on devrait aborder la crise des migrants en aidant les personnes qui se trouvent dans des camps et non pas celles qui ont la capacité physique et financière suffisante pour traverser l'Europe à pied et arriver en Grande-Bretagne ou ailleurs.' Enfin, Eugenio Ambrosi, directeur régional pour l'Union européenne de l'Organisation internationale pour les migrations ou OIM, insiste pour dire que 'la réponse est beaucoup plus complexe. Je ne suis pas d'accord pour dire que c'est une crise majeure, ajoute-t-il. Cette augmentation de la pression migratoire sur l'Europe pourrait facilement être gérée par les 28 s'ils agissaient de manière coordonnée,' assure-t-il.
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La dynamique économique africaine est enclenchée. Reste à mobiliser l'ensemble des forces du continent pour investir cette dynamique. Et en l'occurrence, le Maroc fait figure de moteur de l'intégration africaine. Bien évidemment, des écueils persistent. Alors, quels sont les principaux leviers à actionner pour que l'Afrique puisse tenir sa place sur la scène des échanges commerciaux internationaux ? C'est la question que notre reporter, François Chignac, a posée, dans le cadre de notre magazine FOCUS, aux leaders politiques et économiques réunis à Casablanca, au Maroc, pour la 3e édition du 'Forum International Afrique Développement'. L'Afrique a initié sa mutation. Sa forte croissance économique et démographique, ses ressources naturelles et agricoles, notamment, en font un relais de croissance pour les investisseurs internationaux, voire leur 'Nouvelle Frontière'. Loin des schémas du passé, le continent est entré dans l'ère du changement, comme en témoignent ces acteurs de la transformation africaine. Zahra Maafri, Directrice générale de Maroc Export : 'Plusieurs pays d'Afrique ont mis en place des stratégies de développement très ambitieuses. Ils ont, bien sûr, commencé par tout ce qui est infrastructures de base : l'éducation, la santé, le logement, l'agriculture. Et chaque pays peut déjà s'intégrer dans sa propre région et puis, par la suite, sortir avec un produit 'Made in Africa' pour rayonner sur le marché international'. Amadou Gon Coulibali, Secrétaire général de la Présidence de la Côte d'Ivoire : 'Il nous faut des marchés importants, au niveau africain, mais aussi que ces pays puissent traiter avec des marchés internationaux. Je prendrais comme exemple spécifique en la matière, les accords de partenariat économique qui peuvent être signés entre la zone CEDEAO - qui constitue un marché de 300 millions d'habitants - et l'Union européenne. Il me parait important aussi qu'en matière de transformation, l'Afrique de manière définitive s'industrialise. Enfin, il faut que les standards en matière d'environnement des affaires, de business africain, soient les mêmes que partout dans le monde'. Chantre de l'intégration africaine, le Maroc est un hub économique et financier régional, véritable spot pour les investissements internationaux dirigés vers l'Afrique. Mais le dialogue Sud-Sud ne pourra se suffire à lui-même. La géométrie de l'émergence africaine doit se conjuguer sur le mode d'une coopération triangulaire : Nord / Sud-Sud. Amadou Ba, Ministre de l'Économie et des Finances du Sénégal : 'D'abord, il faut que l'Afrique, entre Africains, que nous puissions dialoguer, que nous puissions communiquer. Et il est heureux aujourd'hui de voir que les banques marocaines viennent investir au Sénégal ou dans d'autres pays. Et il faut maintenant un dialogue triangulaire entre les institutions multilatérales, les pays du Nord et les pays africains'. Mohamed El Kettani, Président-directeur général de la banque marocaine Attijariwafa : 'La coopération Sud-Sud est une nécessité vitale. Donc, il faut construire des espaces plus larges qui dépassent les frontières. Il faut profiter de la mutualisation et de la complémentarité de nos ressources et de nos économies. Mais, on ne peut pas se passer du Nord, puisque nous accompagnons aujourd'hui, à partir du Maroc, des investisseurs internationaux, européens, américains, asiatiques, qui font du Maroc une plateforme où une partie de la chaîne de valeur se fabrique au Maroc, une autre partie au Nord et une troisième partie au Sud du Maroc.'
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Il ne reste que quelques mois pour accomplir les objectifs du millénaire. Pour le Président d'UNITAID, Philippe Douste-Blazy, c'est la course contre la montre. Cet organisme de développement est à la pointe du financement innovant notamment dans le combat contre le paludisme, la tuberculose et le SIDA. Philippe Douste-Blazy, Président d'UNITAID, ex-Ministre au sein du gouvernement français, est l'invité d'Isabelle Kumar dans the Global conversation. Isabelle Kumar, euronews : Eradiquer le SIDA fait partie des objectifs du millénaire. C'est étrange car on ne parle presque plus de cette maladie, pourquoi ? Philippe Douste-Blazy, Président d'UNITAID : Le SIDA est une maladie de la pauvreté et, si vous le permettez, je vais vous expliquer ce que nous faisons. Nous voulons éradiquer l'extrême pauvreté, qui ne fait qu'augmenter dans le monde aujourd'hui. Or, comment faire pour aider les plus pauvres ? Avec quel argent quand la plupart des pays dits riches sont plus ou moins en faillite ? Comment demander à un député Grec, Italien, Espagnol, Français, Américain même de donner plus d'argent ? Donc nous avons inventé une petite idée, ça s'appelle les ' financements innovants ', qui consiste à prendre une toute petite, microscopique, indolore, contribution -1 euro par billet d'avion par exemple - et à la donner à une organisation qui s'appelle UNITAID. Isabelle Kumar, euronews : Si c'est indolore, pourquoi pas mal de pays se montrent réticents ? Philippe Douste-Blazy, Président d'UNITAID : Eh bien je ne comprends pas. Il y a 194 pays, nous sommes 14 à avoir mis en place ce petit système - 1 euro par billet d'avion - mais avec ça, nous avons pu récolter plus de 2 milliards de dollars, nous avons pu soigner 8 enfants sur 10 atteints du SIDA dans le monde grâce à cette petite idée. La tragédie du SIDA Isabelle Kumar, euronews : Nous allons revenir sur cette question de financements innovants, mais j'aimerais bien m'arrêter sur la question du SIDA. Parce que, en 2013, il y a un peu plus d'un an, l'ex-président français Jacques Chirac, qui est aussi un des fondateurs d'UNITAID, a dit que grâce à UNITAID, on pouvait imaginer éradiquer le SIDA. Est-ce que vous pensez vraiment que ce sera possible, et si oui, quand? Philippe Douste-Blazy, Président d'UNITAID : C'est possible, mais il faut de l'argent pour cela. Chaque fois qu'on aide les plus pauvres, il y a beaucoup de gens qui disent : mais c'est comme si on arrosait le désert ou du sable avec de l'eau ! Ce n'est pas vrai. Regardez la rougeole : avec le vaccin contre la rougeole, on a diminué de 98 % la mortalité, on pourrait faire pareil avec le SIDA. Prenez un exemple : les enfants qui ont le SIDA, il y en a 3 millions dans le monde. Seuls 700 000 de ces enfants qui ont le SIDA sont soignés, parce qu'on laisse tomber les autres, parce que se sont les plus pauvres. Ce sont des enfants qui ont tout pour être malheureux. Ils naissent avec le SIDA, ils ont 50 % de risque de mourir avant la deuxième année de vie, ils vont être orphelins et ensuite, ils vont être discriminés parce qu'ils ont le mot 'SIDA' écrit sur le front. Et on va les laisser tomber dans leur village. Eh bien ces enfants-là, nous voulons les aider. Grâce à UNITAID et avec la fondation du Président Clinton, nous avons pu en soigner 700.000, mais il nous reste 2,3 millions d'enfants à faire soigner. Ce n'est pas acceptable, c'est la honte de l'humanité de ne pas trouver l'argent pour cela. Choisir sa bataille Isabelle Kumar, euronews : Pourquoi ces trois maladies (SIDA, tuberculose, paludisme) ? C'est une question qui a interpellé nos internautes, et nous avons reçu une question de quelqu'un qui s'appelle Abbas Amizou. Il demande : que fait l'ONU dans la bataille contre le virus Ebola, car c'est une épidémie meurtrière ? Philippe Douste-Blazy, Président d'UNITAID : En fait, UNITAID, c'est un laboratoire qui voulait prouver qu'avec des tous petits financements, indolores et multipliés par des millions, on pouvait changer les choses. Il fallait bien choisir. Donc au début, on a choisi l'objectif du millénaire 6 : SIDA, tuberculose, paludisme. On aurait pu choisir autre chose. Maintenant on a prouvé qu'on pouvait changer le monde si on trouvait des microscopiques contributions de solidarité comme cela. Isabelle Kumar, euronews : Mais c'est un gros travail que de convaincre les leaders politiques. Pourquoi sont-ils réticents ? Philippe Douste-Blazy, Président d'UNITAID : Parce que je crois que malheureusement, les chefs d'Etat, les hommes politiques dont j'ai fait partie longtemps, donc je n'ai aucune leçon à donner, sont trop locaux. On s'occupe de l'élection chez soi. Quand on est maire d'une ville, on n'est pas maire de l'autre, quand on est président d'un pays, on n'est pas président de l'autre. On ne se rend pas compte qu'aujourd'hui, la mondialisation fait qu'il faut s'occuper... Si on veut que nos enfants et petits enfants vivent en paix au XXI siècle, car il s'agit de guerre et de paix, il faut bien évidemment s'occuper des droits essentiels à la vie, à la dignité de l'homme, dans les endroits les plus pauvres du monde. La seule solution, c'est des micro-financements comme ceux-là. Taxe sur les transactions financières Isabelle Kumar, euronews : Vous avez parlé de la taxe sur les transactions financières en Europe, taxe qui est en train d'être diluée. Est-ce que vous craignez de ne pas pouvoir recueillir les fonds que vous espériez à ce niveau-là ? Philippe Douste-Blazy, Président d'UNITAID : Alors, il y a dix ans, notre combat était de faire une taxe sur les transactions financières. Tout le monde nous disait que ça ne marcherait pas. Et puis, depuis 3 ans, on voit que de plus en plus, les pays trouvent que c'est une très bonne idée. Mais j'ai compris pourquoi. Parce que nous, on pensait que c'était aux pauvres qu'il fallait envoyer l'argent de cette taxe sur les transactions financières. Non, les pays, maintenant, disent : mais c'est pour nous, c'est pour notre budget, pour trouver de l'argent pour nous ! Alors j'ai dit aux chefs d'Etat : très bien, nous sommes en période difficile, en période de crise, gardez cet argent mais donnez au moins 20-25 % pour les pays les plus pauvres. Donc c'est notre combat et donc, Madame Merkel a accepté de mettre en place la taxe sur les transactions financières, le Premier ministre d'Autriche, mais aussi d'Espagne, d'Italie, de Grèce... La France a déjà mis en place la taxe sur les transactions financières. Isabelle Kumar, euronews : Et vous allez recueillir quel pourcentage alors ? Philippe Douste-Blazy, Président d'UNITAID : Nous c'est 15 % en France, c'est historique. Le président Français a accepté que 15 % de la taxe sur les transactions financières aillent aux pays pauvres. La pauvreté, porte ouverte à la radicalisation Isabelle Kumar, euronews : Ca équivaut à quelle somme? Philippe Douste-Blazy, Président d'UNITAID : Pour l'instant c'est petit, 160 millions d'euros. Mais le monde ne sera pas stable si vous laissez des gens gagner 1 dollar par jour. Regardez où Al-Qaida, AQMI se mettent. Ils se mettent évidemment uniquement là où il y a l'extrême pauvreté, la misère. Quand vous avez 17 ans, vous êtes... Moi j'aurais 17, 18 ans, je verrais mon frère, ma mère, mon père et ma petite soeur mourir parce qu'il manque un demi dollar, un demi dollar pour soigner le paludisme, pour traiter, pour sauver un enfant, si j'apprends par l'intermédiaire d'internet, qui arrivera un jour là-bas, en plein désert, que je peux déjeuner à Paris pour 40 euros, et que pour un demi dollar, mon petit frère meurt, si quelqu'un à côté veut me manipuler, je crois qu'il pourra me manipuler, pour me lancer contre l'Occident. De la taxe ' Robin des bois ' Isabelle Kumar, euronews : Nous avons reçu cette question - et je retourne à la taxe sur les transactions financières - d'un groupe qui s'appelle ' @Robin Hood '. Je rappelle que ' Robin Hood ' c'est ' Robin des bois ' en français, que c'est un des surnoms pour la taxe sur les transactions financières en anglais et eux, ils demandent comment on peut s'assurer que cet argent ira aux bons endroits ? Philippe Douste-Blazy, Président d'UNITAID : Oui, c'est exactement notre travail, c'est ce que j'explique aux différents chefs d'Etat. Il faut diviser. Donc une taxe sur les transactions financières - 15 %, 20, 25 % j'espère - ira aux pays les plus pauvres. Il faut se battre pour ça. Et ensuite, je propose qu'il y ait une division en deux : la santé globale dans des organismes multilatéraux comme UNITAID, comme le fonds mondial de lutte contre le sida, tuberculose, paludisme, et puis la moitié pour l'environnement . Une taxe innovante pour l'Afrique Isabelle Kumar, euronews : Vous prônez aussi une taxe Sud-Sud sur le baril de pétrole. Ce serait une taxe qui serait imposée directement à des pays eux-mêmes africains, vous en êtes où ? Philippe Douste-Blazy, Président d'UNITAID : Alors ça, c'est une discussion que j'ai avec certains chefs d'Etat... Isabelle Kumar, euronews : Vous pouvez nous dire lesquels? Philippe Douste-Blazy, Président d'UNITAID : C'est encore trop tôt. Mais je reviendrai vous le dire, en premier. C'est en réalité l'idée de se dire qu'il y a des pays africains qui ont la chance d'avoir des ressources extractives : le pétrole, les mines et le gaz et il y en a d'autres qui n'ont rien. Donc j'ai trouvé que ce serait bien, pour la partie Etat - vous savez que lorsqu'on trouve du pétrole dans un pays, il y a une partie pour les compagnies et une pour l'Etat. Sur cette partie pour l'Etat, (il serait bien de) prendre 5, 10, 15 centimes par baril de pétrole. (Cela) permettrait de lutter contre une grave épidémie qui touche 30 % des enfants africains : la malnutrition chronique. Mondialiser la solidarité Isabelle Kumar, euronews : Vous avez parlé de la globalisation de la solidarité, et c'est attristant non quand même que les gens ne vous suivent pas ? Philippe Douste-Blazy, Président d'UNITAID : Oui, mais c'est pire que ça. C'est-à-dire il n' y a pas que les hommes politiques, il y a les médias. Regardez, lorsqu'il y a un accident d'autocar en France, d'enfants : c'est affreux, c'est horrible, il y a par exemple 30 enfants qui vont être blessés ou mourir. Ca fera la une de tous les journaux télévisés en France. Et pourtant un enfant meurt toutes les 3 secondes, je vous dis bien toutes les 3 secondes dans le monde d'une maladie évitable et curable. Pour rien du tout. On aurait pu éviter ça. Il n'y a pas une ligne dans les journaux, on vit comme si ça n'existait pas. Bill Gates Isabelle Kumar, euronews : Quelqu'un qui a transformé le monde, c'est Bill Gates. C'est un des hommes les plus influents et les plus riches au monde. Il soutient votre fondation, vous le côtoyez. Quelle est la leçon la plus importante que vous avez pu apprendre à ses côtés ? Philippe Douste-Blazy, Président d'UNITAID : Je l'ai invité l'autre jour à Paris et il a dit une chose assez incroyable. Il a dit : ' il a fallu que j'attende plus de 50 ans pour comprendre que la vie que j'avais était une vie très intéressante évidemment, j'ai crée Microsoft etc... Mais je n'avais pas tout à fait donné un sens à ma vie et là, je donne un sens à ma vie.' Je crois que chacun, qu'on soit sans emploi, avec un emploi, journaliste, médecin, homme politique, à un moment donné, il faut donner un sens à sa vie. Secouer la France Isabelle Kumar, euronews : Vous avez évoqué la politique, j'aimerais bien quand même vous demander de mettre votre casquette d'ex-politicien francais. Parce que vous êtes en plein dans l'innovation, mais lorsqu'on voit la France, l'innovation semble faire défaut. Il y a un besoin urgent de secouer les choses. Comment, à votre avis, secouer les choses au niveau économique pour que la France redémarre ? Philippe Douste-Blazy, Président d'UNITAID : Le problème que nous avons c'est que nous n'avons pas suffisamment réformé. On a eu peur parce que nous avons des syndicats qui sont très forts, parce que les Français sont souvent des gens qui râlent un peu, et donc moi-même, le premier, quand j'étais au gouvernement, j'aurais dû être plus courageux, faire des réformes plus courageuses et c'est ce qui nous manque. Mais je crois que le moment est venu maintenant. Je crois que les gens ont envie maintenant de bouger, de changer. Ils voient bien que des pays comme l'Espagne, la Grèce, l'Italie, sont en train, après avoir été très durement frappés, de se redresser. De Ministre à militant Isabelle Kumar, euronews : Vous avez passé beaucoup d'étapes dans votre carrière : cardiologue, ministre, militant. Ce qui m'intéresse c'est comment on franchit ces étapes différentes, de ministre à militant, par exemple ? Philippe Douste-Blazy, Président d'UNITAID : Quelle est la différence entre un militant, un activiste et un homme politique ? Les trois pensent vraiment qu'il faut changer le monde. Donc, en politique, vous faites des compromis parce que vous ne pouvez pas changer (le monde) comme ça. Il y a des forces, il y a des parlements, il y a des votes. Parfois vous êtes battu, parfois vous faites un petit effort dans votre langage pour obtenir un vote. Donc, on croit que vous êtes faux. Mais c'est un compromis ! Ce n'est pas une compromission, ce n'est pas pareil. Par contre, là ou je suis maintenant, je peux vraiment me lâcher, je peux dire : voilà, il faut faire ces financements innovants, il faut venir à UNITAID, il faut éviter les guerres et les conflits, en donnant un petit peu, un tout petit peu de droit à la vie pour les plus pauvres. L'avenir Isabelle Kumar, euronews : Vous êtes passionné, vous avez passé toutes ces étapes, quelle est la prochaine étape pour Philippe Douste-Blazy? Philippe Douste-Blazy, Président d'UNITAID : La prochaine étape est de convaincre les chefs d'Etat, qu'on peut vraiment mettre en place ces microscopiques contributions de solidarité, sur les billets d'avion, on l'a dit, on peut faire ça sur les abonnements téléphoniques, mais aussi, pourquoi pas, avec du privé. Je suis persuadé que Apple, Google, Facebook, Twitter demain, puisqu'ils sont au niveau mondial et planétaire, peuvent inventer des micro-contributions. (Il faut) arrêter ce capitalisme effroyable de spéculation et revenir au capitalisme social, à l'homme, à la personne humaine, sacrée. Un enfant qui naît à Bamako est aussi important qu'un enfant qui naît à (l'hôpital) Necker aujourd'hui, à Paris. Mais la communauté internationale ne pense pas ça. Elle pense qu'un enfant qui naît à Bamako, ce n'est rien. Qu'un enfant qui naît à Londres, à Oslo, qui naît à Paris, là, c'est un enfant important. Ce n'est pas vrai. C'est le même. Isabel Kumar, euronews : Le défi est lancé. Je vous remercie beaucoup Philippe Douste Blazy d'avoir été avec nous dans ce programme.
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