Le nouveau rêve français

On peut déjà tirer un enseignement du premier tour, déprimant, de la gauche : pour gagner il faut continuer à proposer de raser gratis. La France a trouvé son nouveau fantasme. Pour régler le problème du chômage et des déficits, plus question de travailler plus, même pour gagner plus. Non. Il faut promettre de gagner plus sans travailler. Voici venu le temps de l'utopie du revenu universel.

UN PAYS TOUJOURS AUSSI SURPRENANT

On aurait pu s'attendre à ce que, face au chômage et surtout au chômage des jeunes, face aux déficits, face à la dette abyssale du pays et face à l'explosion du modèle social égalitariste, ces élections soient l'occasion d'un sursaut Churchillien et qu'on adopte enfin la seule voie possible pour sortir de la crise: se remettre au travail et accepter des sacrifices pour bénéficier plus tard, comme en Allemagne, d'une prospérité sans précédent. En fait non. La France découvre avec bonheur la nouvelle utopie ultime : le revenu universel.

LE FORMIDABLE SIGNAL

Je ne suis pas politologue. Loin de là. Mais il est évident que si Hamon est en tête des primaires, c'est qu'il a promis le revenu universel et que ce revenu universel va être un des thèmes majeurs de la campagne. Le revenu universel c'est donner à tout Français, sans aucune condition, une rémunération fixe. Que vous travailliez ou que vous ne travailliez pas, vous aurez le droit d'être payé. Sans aucune obligation, aucune contrainte. Rien. Si l'idée de remplacer la batterie des minima sociaux par une seule indemnité peut être séduisante, le message envoyé d'une possibilité de vivre, certes chichement, mais sans faire aucun effort est dévastateur. Mais ce message plaît. Normal. Il est évidemment totalement irréaliste puisqu'il est impossible à financer. Aucun autre pays ne l'a, évidemment, adopté (les médias ont du aller au fin fond de la Finlande pour trouver un truc qui y ressemble vaguement). Mais qu'importe, les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent. Ce pays est vraiment dingue. Plus fort que les 35 heures, plus fort que les 32 heures, le zéro heure.

EFFRAYANT ?

J'ai écouté le discours d'investiture de Trump. Et j'ai été surpris, comme tout le monde, voire effrayé par la brutalité des paroles. Ce n'était pas un discours de rassemblement mais le discours le plus clivant de tous les discours d'investiture. Un discours presque plus violent qu'un discours de campagne de Trump. America First. C'est le leitmotiv de Trump. C'est peut être plus glamour en anglais mais ça ressemble beaucoup aux slogans du FN en France. C'est une bien étrange présidence qui commence avec une popularité au plus bas et une hostilité générale sans précédent. On se fout évidemment des grandes pensées politiques de Madonna, Beyoncé ou autres grands penseurs de notre époque, mais on ne peut pas s'empêcher de ressentir un sacré malaise en écoutant Trump qui a l'air décidé à faire ce qu'il a promis, sauf dans la finance.

TRUMP ATTAQUE LA PRESSE

On s'attendait à un week-end de décrets. Et on en a eu, des décrets pour bloquer l'Obamacare, avant de le détruire, des décrets pour bloquer toute nouvelle contrainte réglementaire. Mais ce qui a occupé l'équipe Trump ce week-end c'est la polémique avec la presse sur le fait qu'il y ait eu très peu de participants à Washington pour la cérémonie d'investiture. L'équipe de Trump crie à la désinformation, au trucage concernant les photos comparant l'investiture de Trump à Obama, à la volonté de la presse de délégitimer la présidence. C'est bien parti.

LES MARCHÉS S'INTERROGENT. ENFIN.

Baisse du Nikkei lundi matin, baisse du dollar, les marchés semblent plus nerveux. Il y a clairement un changement d’ambiance depuis une semaine. On est passé d’un optimisme béat et d’un enthousiasme aveugle à l’émergence du doute. On ne peut pas parler de retournement de tendance car la plupart des indices boursiers sont très proches de leurs records. Mais ce qu’on a appelé le Trump rally, cette hausse provoquée par l’élection surprise de Donald Trump, marque une pause. Les investisseurs ont parié sur l’effet Trump. Il semble qu’ils attendent maintenant de voir si la réalité va correspondre à leurs fantasmes.

ANTICIPATION ET RÉALITÉ

Les marchés ont anticipé les bonnes nouvelles. Largement. Ils ont intégré la baisse des impôts des sociétés qui devrait être imminente et ils ont intégré le programme de relance. Mais ils commencent à se poser des questions sur l’impact du message "America First" martelé brutalement par Trump à son investiture. La part de cash dans les portefeuilles des gérants de fonds américains a progressé, le dollar faiblit, les taux d’intérêt se tendent. Et on voit enfin les investisseurs acheter des produits d’assurance pour se couvrir au cas où tout ne se passerait pas aussi bien que prévu. Pas de panique quand même. Juste un petit rééquilibrage après une phase d’euphorie. A suivre.

MANIPULATION CHINOISE

Trop forts les Chinois. Beaucoup de commentateurs ont été séduits par le discours de Xi Jinping, nouveau défenseur du libre échange. Voilà le gars qui dirige, en dictateur, le pays où il est le plus difficile de faire du business et aux frontières les plus hermétiques, et qui nous donne des leçons et nous applaudissons. En même temps, le même jour, la Chine prenait des nouvelles mesures pour accentuer le contrôle des capitaux. Plus c'est gros, mieux ça passe.

L’ÉMISSION ÉTAIT VRAIMENT EXCEPTIONNELLE

Je vous conseille vraiment de regarder en replay l'émission C'est Votre Argent de BFM Business en replay. On a rejoué la semaine avec des invités exceptionnels: Emmanuel Lechypre, Christopher Dembik de Saxobanque; David Gaud d'Edmond de Rothschild Asset management de passage de Hong Kong, Sébastien Lalevée d'Arbevel, Alain Pitous de Talence Gestion et Pauline Tattevin. Revoir en replay.

DU CÔTÉ DES MARCHÉS

Le dollar continue à glisser avec un euro à 1.0740 usd, un sterling à 1.2435 et un dollar à 113.30 Yens. Lundi matin les indices glissent aussi avec une baisse de 1.38% au Japon et un coup de mou en Europe après une nouvelle progression vendredi soir des indices américains. L'or continue à profiter de l'affaiblissement du dollar à 1216 dollars et le pétrole est stable à 53 dollars. La volatilité frémit un peu à 14% mais elle reste dans les niveaux les plus bas historiques.

ON S'EN FOUT

La primaire de la gauche était tellement déprimante que je me suis rué sur Le Parrain sur Arte, je ne l'avais pas revu depuis quelques années, quel chef d'oeuvre, revoyez-le; Copé reste imbattu, personne, même pas Bennahmias ou Pinel n'a fait pire que lui ; François Fillon va rencontrer mon idole Angela Merkel aujourd'hui ; Il a fallu 300000 morts pour que s'ouvrent aujourd'hui les premières négociations de paix pour la Syrie, sous contrôle Russe et sans Américain car Trump a décidé de ne pas envoyer de représentant ; on se tape le froid et la pollution, super ; 10% des femmes consomment de l'alcool pendant leur grossesse (et alors ?... ben rien, je l'ai lu, je vous le répète) ; pour rouler aujourd'hui il faut un vignette ou une voiture de moins de 20 ans ou une plaque d'immatriculation paire, ou impaire, en fait je n'ai rien compris ; je vais tester Guyane, la nouvelle série de Canal, je vous raconterai.

VOILÀ C'EST TOUT. BONNE JOURNÉE. MAY THE FORCE BE WITH YOU.

Edito publié sur MonFinancier.com le 23/01/2017.