Anti-establishement

C'est la mode. Une mode amplifiée par la victoire de Trump. Tous les candidats à l'élection française sont soudainement devenus anti-establishment, anti-système, anti-élite. C'est assez drôle et assez affligeant à la fois. Voici comment le Larousse définit l'establishment : "Ensemble des gens en place qui contrôlent l'ordre établi et cherchent à se maintenir".

  

LES REBELLES

Bruno Le Maire a jeté sa cravate pour faire ce qu'il imagine être populo, Juppé a serré quelques mains de jeunes pour la jouer cool, Sarko se prend pour Gavroche mais Gavroche n'a jamais foutu les pieds à Villa Montmorency ou au Cap Nègre, et maintenant Emmanuel Macron joue la même partition. Sous prétexte qu'il est né à Amiens, ville tout de même très éloignée du 9-3 ou des zones industrielles sinistrées, il nous annonce qu'il n'est pas dans l'establishment. C'est vrai ,"les gens en place qui contrôlent l'ordre établi" ne viennent jamais de l'ENA et ne passent jamais par la case grande banque. Nous allons devoir choisir entre tous ces candidats révolutionnaires. Ce n'est même plus mai 68, c'est le 14 juillet 1789.

TRANSITION TEAM

Ça secoue un peu autour de Trump pour les nominations. On pourrait s'en réjouir et se dire que c'est le début du chaos mais c'est finalement, malheureusement, assez normal compte tenu du flou qu'entretient Trump sur sa politique et sur ses choix. Trump a déclaré mercredi : "It's going so smoothly". Toujours ce sens de l'humour et de la vérité qui le caractérise. Chris Christie a été éjecté. Il faut dire que c'était le procureur qui a mis le père de Jared Kushner, le gendre de Trump, en prison. Eliot Cohen, un des leaders des néo-conservateurs républicains, conseille même à tous ses amis de ne pas rejoindre l'administration Trump s'ils ne veulent pas perdre leur intégrité. Bonne ambiance.

LE DOLLAR ROI

Il est au plus haut depuis 13 ans. Tout simplement. Cette hausse est évidemment alimentée par les anticipations de hausses de taux, hausses avec un s car le marché anticipe maintenant d'autres hausses de taux après celle de décembre qui était déjà intégrée, et par les anticipations d'un grand programme de relance par la baisse des impôts et l'investissement public dans les infrastructures. Le dollar index, indice de l'évolution du dollar contre les principales devises, a progressé de 3% depuis l'élection.

LE YEN SOUS PRESSION

C'est une des principales victimes de la hausse du dollar. À la grande joie des Japonais qui n'ont que la dévaluation de la monnaie comme solution pour produire de la croissance. Mais cette hausse ne fera pas les affaires des États-Unis. Rappelons qu'il y a encore quelques semaines, le dollar s'apprêtait à passer le plancher des 100 yens. Le voilà au-dessus des 109 yens. Et le consensus, évidemment, le voit plus haut. Il ne nous en fallait pas plus pour conseiller aux ultra-mega-risquophiles de jouer une rechute du dollar yen de 4 à 5% avec le turbo put dollar/yen 7D46Z.

LA SHRINKFLATION

La "Shrinkflation" consiste, quand le prix d'une matière première augmente, à réduire, pour le même prix, le poids et/ou la taille d'un produit. Dernier exemple en date qui provoque un véritable traumatisme: le Toblerone. Face à la flambée des cours du cacao, multiplication du cours par 4 en 4 ans, Toblerone a réduit le nombre de triangles sur ses barres. Un crime de lèse majesté.

ET LE BREXIT ?

On l’avait presque oublié. Pour deux raisons. D’abord parce qu’entre temps il y a eu Trump et on ne parle plus que de cela mais surtout parce qu’on a fini par se convaincre que le Brexit, soft ou hard, était un non-évènement. La preuve ? La croissance anglaise ne ralentit pas et la Bourse est proche de son niveau record. On risque de déchanter dès la semaine prochaine avec les prévisions du Trésor britannique qui fuitent dans la presse. Et un chiffre va beaucoup tourner dans les jours qui viennent : 100 milliards de livres, c’est que va coûter aux finances de l’État le Brexit sur les 5 prochaines années.

LE GRAND DÉRAPAGE NON CONTRÔLÉ

Le Brexit va provoquer un ralentissement de la croissance mais surtout une chute des investissements. Et donc, conséquence logique, une chute brutale des recettes fiscales. Le précédent ministre de l’économie George Osborne avait annoncé un surplus budgétaire en 2019/2020, ce sera en fait un déficit et un déficit qui ne fera que s’accroître dans les années suivantes. Surtout que le seul moyen pour contrer les effets à moyen et long terme du Brexit c’est une baisse massive des impôts et donc encore plus de déficit. Autre conséquence logique, la Grande-Bretagne devra plus emprunter sur les marchés ce qui explique en partie la remontée des taux anglais. La Grande-Bretagne trouvera évidemment, comme toujours, le moyen de s’en sortir mais elle va connaître un vrai trou d’air. Un trou d’air qui pourrait durer de 3 à 5 ans.

LA FIN DE LA RIGUEUR

Ne prononcez plus les mots d'austérité ou de rigueur. Ça c'était la mode avant. Maintenant, il ne faut plus parler que de relance. Et la Commission européenne a décidé de lâcher officiellement la bride. Quelles qu'en soient les conséquences sur les déficits publics. Elle a décidé de ne pas sanctionner les mauvais élèves européens comme l'Italie ou l'Espagne. Et la France, une fois de plus, passe à travers...La prime aux cancres toujours.

LE TTSO DE LA SEMAINE :

Au boulot ! Ok, c'est une étude de Gleeden (site spécialisé dans les rencontres extra-conjugales, pas exactement le MIT), mais on adore trop les résultats pour ne pas vous en parler. Selon Gleeden, donc, qui dit avoir interrogé 10.000 femmes, le 1er des motifs, cité à 73% !! par les épouses pour expliquer leur passage à l'adultère, c'est que leur partenaire légitime ne partage pas suffisamment les tâches ménagères ! Moralité (à l'usage de nos lecteurs chéris) : si vous voulez rester seul (avec elle) dans votre lit. Faites-le (le lit) ! N'oubliez pas de vous abonner à l'excellente newsletter du soir de TTSO. C'est très simple et c'est ici.

DU CÔTÉ DES MARCHÉS

Micro-pause sur les marchés après une semaine d'euphorie. Retour à 4500 points sur le CAC, baisse de 0.29% du Dow. Le dollar lui continue sa hausse avec un euro en dessous de 1.07 et un dollar yen à 109.30. Les taux se sont, pour l'instant stabilisés, 2.20% aux États-Unis. L'or (1225) et le pétrole (45.40) aussi.

ON S'EN FOUT ?

Ce jeudi soir on va encore s'endormir devant le débat des primaires ; i-Télé arrête la deuxième grève la plus longue dans l'audiovisuel après mai 68 et Bolloré a gagné son bras de fer ; Hollande et Valls parlent de Brutus quand ils évoquent Macron entre eux ; Les Français sont les champions d'Europe de l'abonnement avec 5.4 abonnements par français contre 4.3 pour les Anglais et 3 pour les Allemands ; Les investisseurs qui cherchaient à tout prix à investir dans l'hôtellerie française depuis des années, fuient maintenant le secteur.

VOILÀ C'EST TOUT. BONNE JOURNÉE. MAY THE FORCE BE WITH YOU.

Edito publié sur MonFinancier.com le 17/11/2016.

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