En Occident, le silence est devenu une maladie, et le bruit aussi. Noyé dans le fracas de l'audiovisuel, le son - le vrai - a de plus en plus de mal à se faire entendre. Nous perdons l'oreille et la finesse des bruits. Face à cette déroute des tympans, un expert tire la sonnette d'alarme...

A la recherche du son perdu

Ecoutons Paul Virilio, urbaniste et philosophe : "L'audiovisuel (...) est devenu assourdissant dans notre vie quotidienne. Il est temps de s'interroger sur le retour au silence..." Or le silence, c'est du son dont on baisse un peu l'abat-jour. Il se situe entre vingt et vingt-cinq décibels. Ce n'est donc pas une absence totale de bruits. Ces bruits existent, tout menus, mais on ne les entend plus. "L'univers sonore qui nous entoure, c'est quand on commence à en perdre la perception qu'on découvre son importance", nous rappelle Christian Hugonnet, quinquagénaire et ingénieur-conseil en acoustique.

Tous ceux dont l'oreille se fait moins fine en prennent conscience à leurs dépens. En perdant l'ouie, on peut perdre l'équilibre et son ancrage au réel, au moins autant et peut-être plus qu'en perdant l'odorat ou la vue.

Le silence est une maladie

Christian Hugonnet compare notre environnement sonore à un océan dans lequel nous ne saurions plus nager. Un aveugle à l'ouie exercée reconnaît son chemin en identifiant le moindre bruit de la rue. Paradoxe contemporain, il faut être non-voyant pour ne pas rester sourd à son environnement. Nous savons surfer sur le net ou aller dans la Lune. Mais pour "interpréter" les sons, en déchiffrer la richesse et l'étendue, nous manquons d'entraînement et d'éducation. Nous avons baissé pavillon.

Plongé dans un fracas continuel, l'homme moderne ultra urbanisé privilégie les sons forts au détriment des faibles qu'il distingue de moins en moins. Avec les jeunes, la tendance s'accélère au point que certains ne supportent même plus la subtilité du silence.

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Il leur faut remplir l'espace sonore pour se rassurer. Au risque d'encourir une surdité partielle, tout est bon pour ne pas rester seul face à l'angoisse du manque de décibels. Ici, disait un maître yogi en parlant de l'Occident, le silence est devenu une maladie.
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